Calvin Russell, 1948-2011

Publié le par Jean Théfaine

Il était né à Austin, Texas, en 1948. Il s’y est éteint dimanche 3 avril, à 62 ans, emporté par une merde de cancer, bouclant in utero la boucle d’une vie en montagnes russes. Pour les galères, dont il a eu sa dose, voir sa bio sur Wikipédia. La chance qui passe a le visage du Français Patrick Mahé, qui le croise à Austin en 1989 (Calvin a alors 41 balais !) dans une soirée privée et l’embarque sur le label New Rose, où il sort en 1990 un premier album remarqué, A crack in time. 15 titres juicy à souhait. Mais c’est en mai 1991, avec la sortie de son deuxième opus, Sounds from the fourth world, que le Texan explose litéralement… en France (car il restera quasiment inconnu aux USA). Le booster, c’est Crossroads, un chef d’œuvre de ballade devenu un classique. Le 29 novembre 1991, Calvin se produit pour la première fois à Paris, au Bataclan, en lever de rideau de Bill Deraime. Ce qu’il faut savoir, c’est que quatre jours auparavant, un plein wagon de privilégiés l’avaient entendu dans une salle nantaise. Convaincu par un disquaire de ses amis, et découvreur de talents infatigable, Jean Brizais, le programmateur de La Bouche d’Air, n’avait pas hésité une seconde à prendre le risque de l’épingler à son tableau. Ceci malgré la désertion de ses collègues du circuit national qui n’y croyaient pas. Fidèle à ses coups de cœur, Jean Brizais programmera à nouveau chez lui l’ami Calvin le 27 octobre 1999 et le 7 février 2002.

 

 



Parce que je trouve que ce papier de 20 ans d’âge (non ? si !) n’a pas tellement vieilli, je vous propose ci-dessous, strictement à l’identique, ce qui parut sous ma signature dans les colonnes d’Ouest-France, à Nantes, le 28 novembre 1991. J’y étais, hé oui. Et je persiste et signe : c’était grand. Salut au disparu, dont je recommande l’écoute, parce qu’au final, c’est quand même à peu près ce qu’il a fait de mieux, de l’album évoqué plus haut, Sounds from the fourth world. A défaut, la compil’ 1997, This is my life, qui contient Crossroads, n’est pas mal non plus.

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Calvin-Russell-003.jpg« Lundi, salle Paul-Fort, où l’accueillait La Bouche d’Air, l’Américain Calvin Russell a fait salle comble. Et un tabac, nourri de plusieurs rappels ravageurs. Avec, en prime, une fois les lumières rallumées, l’image insolite du lonesome cowboy, accroupi à l’avant-scène, signant paisiblement des autographes pour un paquet de fans aux anges !

On se doutait bien qu’après Crossroads, la ballade-tube de Sounds from the fourth world, il y aurait du monde au portillon pour découvrir ce qu’a vraiment dans le ventre ce bougre de routard au visage ravagé, découvert par New Rose déut 1990, lors d’une garden-party à Austin. Vérification faite, c’est encore mieux que ce qu’on pensait. Tout môme, Calvin Russell a dû tomber dans la marmite du blues, du rock et de la country. Les kilomètres qu’il a aujourd’hui au compteur n’ont fait que bonifier le cocktail.

L’artiste a déjà sa légende. On raconte notamment qu’il a plusieurs fois fait de la prison, où il aurait découvert Kérouac et Dylan Thomas. Sous les projecteurs, le monsieur, en tous cas, n’est que gentillesse et authenticité. Mince silhouette chapeautée en jeans et boots, au milieu d’un trio de tireurs d’élite, aussi complices que compétents. A l’exemple de Gary Craft, guitar-hero déclinant avec une précision et une âme confondantes toute la musique qu’on aime, de ZZ Top à Jimi Hendrix, en passant par Hank Williams et John Hiatt.

Le Russel Band ne navigue pas dans les eaux de la mode chichiteuse. Généreux et flamboyant, il parle de ce qu’il connaît le mieux : ses racines texanes, le sud profond, l’appel de la route et la fascination de la frontière. Avec, en tête de train, la voix fuel injector de Calvin, voilée sans être démolie, fatiguée et blessée sans être résignée. Une voix entre poussière et bourbon, racontant des histoires simples d’amour et de solitude.

Pas besoin de disserter sur le rock quand on a entendu ça : le socle est là, à la croisée de tous les vents mais balise incontournable. Le public a apprécié cette leçon de maintien certifiée platine. Il ne l’avait pas volé : pour une question de balance en retard et de baguettes égarées ( ???) par le batteur, il avait été contraint de patienter trois quarts d’heure dans la rue. »

(Jean Théfaine/Ouest-France Nantes, 28/11/1991).

 

La photo ci-dessous a été prise en août 2010, sur le territoire de Clarksdale, Mississippi, au carrefour où le mythique bluesman Robert Johnson est censé avoir vendu son âme au diable. Crossroads for ever... 

 

Crossroads.jpg

Publié dans Toutes les musiques

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dominique babilotte 29/10/2011 17:14


Bonjour

J'ai le plaisir de vous annoncer la sortie du coffret comprenant un cd répertoire de Reggiani, un cd avec es chansons et un dvd reprenant l'ensemble avec des images qui bougent !! www.babilotte.fr


Le Doc. 08/04/2011 00:33


Merci Jean.


Michel Boutet 07/04/2011 18:11


Je ne me suis jamais remis du "Crossroads" de la Bouche d'Air. C'était un genre de soirée dont les gens sortent en se sentant meilleurs, plus vrais. Le rock y avait parlé sa langue la plus belle,
intraduisible parce que ça n'était pas nécessaire. So long, Mr Russell.


Elsa 07/04/2011 17:30


Vu sur scène dans une petite salle du Jura en 2009 ... très beau souvenir ... Crossroads reste ma préférée !