Josh T. Pearson : le choc

Publié le par Jean Théfaine

Samedi matin encore, j’ignorais l’existence de Josh T. Pearson. Samedi soir, à minuit, lorsqu’il a quitté la petite scène de la chapelle du Conservatoire de Rennes, j’étais sidéré de n’avoir jamais rien su de ce mince échalas texan à la longue barbe et au regard clair qui venait de nous clouer au ciel. Pour tout dire, moi qui ai pourtant pas mal de kilomètres au compteur et une belle moisson d’émotions musicales en tête, je suis resté scotché à cette petite heure d’écoute, de la même façon et avec la même force que j’avais été “submergé” par la découverte de Jeff Buckley, dans un club de Londres, Le Garage, sur Highbury Corner, un 1er septembre 1994. Jeff venait de sortir son album Grace et entamait sa conquête de l’Europe. Il avait son groupe derrière lui, à la différence de Josh T. Pearson, qui se promène seul avec sa gratte, mais ce qui irradiait de l’un comme ce qui irradie de l’autre est du même ordre. On peut appeler ça du charisme : c’est encore très insuffisant pour décrire ce qui distingue fondamentalement des artistes comme ceux-là de leurs confrères : l’évidence qu’ils sont habités par quelque chose d’autre, un souffle, une flamme, une profondeur, une vision, une charge poétique et magnétique irréductibles à toute explication strictement technique.

Celui qui m’a mis samedi sur la piste de Pearson l’avait entendu en concert, il y a une dizaine d’années, dans une salle parisienne où il se produisait avec un trio, Lift to Experience, qui laissa derrière lui un unique et mythique double album-brûlot, The Texas-Jerusalem crossroads, hanté par le Jugement Dernier. Depuis, Josh le frère-prêcheur, lui-même fils de pasteur, avait fait retraite, vécu mille petits boulots et traversé de douloureux moments dans sa petite ville d’ancrage, écrasée de soleil. Il avait bien quitté parfois Austin et le Texas ; pour Berlin, par exemple et, aujourd’hui, pour Paris, où il s’est posé avant de reprendre probablement son bâton de pèlerin. Mais il n’avait jamais vraiment envisagé d’enregistrer un album solo. Voilà qui est fait, avec Last of the country gentlemen ; sept titres, dont quatre qui durent plus de dix minutes. Des joyaux crépusculaires, mis en boîte en deux nuits dans un studio de Berlin, dont la sincérité autobiographique, le désespoir angoissé dont ils sont marqués, la spiritualité lyrique qui les porte, la puissance tellurique et en apesanteur à la fois de leur interprétation, sont à serrer le cœur.

 

 

Sur l’album, des cordes élargissent l’espace autour des complaintes et habillent celles-ci d’une vêture quasi mystique. En scène, c’est dans le dépouillement que ces chansons hors-normes prennent toute leur dimension : une guitare, une voix, une attitude, une concentration, un regard, un soupir puis un élan, un grondement comme un bouquet d’éclairs dans l’orage puis un arpège apaisé avant le retour du feu. L’exceptionnel, chez Josh T. Pearson, c’est cette fusion qui s’opère naturellement, magiquement, entre son chant/prière et le tapis sonore qu’il tisse autour de celui-ci avec sa guitare acoustique branchée sur une boîte à effets, dont naissent à volonté tempêtes et marée basse, nuées en cavalcades et cheminement méditatif. A défaut, ou en attendant, de pouvoir partager en direct l’intensité de cette communion-là, écoutez et réécoutez l’album du Texan : c’est l’un des plus beaux, des plus pleins, des plus  justes, des plus indispensables qui nous aient été offerts depuis un bail.  Fascinant.

 

Pour info, et avant de parcourir le reste de l’Europe, Josh T. Pearson est en concert ce dimanche soir, 19 h, à Toulouse (La Dynamo), demain lundi 18, 19 h, à Lyon (Grnnd Zero), mardi 19 , 19 h, à Colmar (Le Colisée) et mercredi 20, à Tourcoing (L’Hospice d’Havré/Maison Folie). Son album, Last of the country gentlemen, vient de sortir chez Mute Records.

Publié dans Musiques

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Pierre-Marie Bourdaud 18/02/2012 18:38

J'étais témoin de la chose, je confirme tout ce qui est dit dans cet article !

Jean avait fait fait une totale confiance au gars de Tacoma (c'est bien ça ?). Il faut dire qu'au moment de la signature, Russell n'était pas vraiment connu en France, il "débarquait". Mais entre
la signature et le concert, la rumeur s'est répandue, et on a bourré, pour un concert de légende.

la tête des autres programmateurs du coin !

Fred Hidalgo 02/08/2011 17:18


Alors, cher Jean, pas plus courageux avec ton blog que moi avec le mien (qui est "en friche" depuis mai dernier)? Il est vrai qu'on aimerait bien voir davantage de lecteurs-auditeurs-visiteurs
faire chorus avec nous...
En attendant le bonheur de te lire à nouveau, bon été et en avant la zizique, toutes les ziziques qu'on aime !


basile ferriot 03/06/2011 21:00


Salut Jean, je découvre ton blog! Si tu as envie d'échanger, tu as mon mail (je ne trouve pas le tien)
Bises

Basile


Gérard DELAHAYE 18/04/2011 00:16


C'est habité ! Encore une belle découverte. On va suivre !