Rickie Lee Jones : l’état de grâce

Publié le par Jean Théfaine

Qu’on se le dise très vite : Rickie Lee Jones est en concert ce vendredi soir à la Cité des congrès de Nantes. Elle chantera encore demain samedi dans le 76, à Cléon-la-Traverse, dans le cadre du Festival Blues de Traverse, et pffft, retour at home, c’est à dire aux Etats-Unis, où elle se produira notamment le 19 décembre au célèbre Fillmore de San Francisco. Pour l’avoir vue et entendue mercredi au Liberté de Rennes, je lance un SOS à ceux qui en ont la possibilité : ne manquez pas la dame, dont les apparitions en France sont très rares. Cinq seulement cette fois-ci, dont une étape mardi 25 à Paris/Bobino.

Ceux qui, comme moi, la suivent depuis son premier album éponyme, en 1979, craqueront forcément. Ceux qui la connaissent à peine, voire pas du tout, prennent simplement le risque... de craquer à leur tour. A l’heure où les voix féminines jazzy/cool se suivent et se ressemblent souvent, la redécouverte de Ricky Lee Jones remet les pendules à l’heure. L’adolescente perturbée et la jeune adulte cramée qu’elle fut, notamment dans le sillage de Tom Waits, avec qui elle compagnonna un temps, sont très loin aujourd’hui, mais la femme de lumière noire qu’elle est devenue n’a rien perdu de son immense talent, de son incroyable agilité vocale, de sa sensibilité à fleur de peau, de son magnétisme troublant.

C’est en trio qu’elle se produit actuellement. Guitare et piano pour elle, basse électrique, guitares additionnelles, clavier et harmonica pour les deux autres, magnifiques musiciens aussi justes que discrets, tout entiers concentrés sur les battements d’âme de leur reine de cœur, littéralement en état de grâce. Dire qu’avec un spectacle comme celui-ci on est au centre du réacteur, de ce que devrait être LA musique, quand elle n’impose rien mais suggère tout, n’est pas exagéré. En tous cas, j’assume. Et je conseille à ceux qui ont l’oreille disponible aux émotions sans frontières de se procurer le dernier album de Rickie Lee Jones, Balm in Gilead.

Sur cette vidéo promotionnelle, Rickie Lee Jones chante un extrait de "The moon is made of gold", que son père écrivit pour elle quand elle était encore enfant.

L’un de ses plus aboutis, avec notamment Ben Harper (magnifique sur Old enough) Vic Chessnutt et Alison Krauss en invités. Parmi les dix titres, on en trouve un, Wild girl, écrit pour sa fille Charlotte, et un autre, The moon is made of gold, écrit pour elle par son père, Richard Loris Jones, alors qu’elle était encore gamine. Tout un symbole, dans lequel on peut voir une réconciliation de l’artiste avec elle-même, à 55 ans, après une vie en montagnes russes. Vous aussi, oubliez le passé, les références obligées, les tubes, la traversée du désert, et écoutez ce qui sourd là, entre jazz et folk, blues et gospel. Quelque chose qui ressemble à l’essentiel.

 

Publié dans Toutes les musiques

Commenter cet article