Petite planète, tome 6 : Staff Benda Bilili, Omar Pene

Publié le par Jean Théfaine

STAFF BENDA BILILI, “Très, très fort”. L’an dernier, Staff Benda Bilili avait “explosé” sur la scène internationale avec un premier album, immédiatement suivi d’une tournée européenne triomphale. Le groupe est de retour ce lundi 19 avril à La Cigale. En France, on le reverra notamment le 25 juin à l’affiche du festival Solidays et, le 26 juillet, aux Nuits de Fourvière à Lyon. Belle et formidable aventure que celle-ci. Si vous avez loupé le train,  il est toujours temps de vous procurer le CD. Et si ça peut vous éclairer, voilà ce que j’écrivais à son propos, “Cœur Chorus” à l’appui, dans l’ultime numéro (68, été 2009) de la tant regrettée revue du même nom :

 

 

 

 

« Que le premier album de Staff Benda Bilili ait été réalisé par le producteur de Konono N° 1, Kasaï Allstars et la série Congotronics, n’est pas anecdotique. Tous ces groupes africains ont, en effet, en commun d’être hors normes, hors pistes. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Paraplégiques pour cause de polio, ses quatre chanteurs-guitaristes se déplacent à bord de fauteuils roulants bricolés à la diable, vivent dans la rue et dorment aux alentours du zoo de Kinshasa. Une situation qui ne donne pas forcément du talent. C’est pourtant le cas ici. Enregistrée live dans son décor quotidien, la joyeuse bande (oui, joyeuse) de Staff Benda Bilili (…) crève l’écran. Tricotant une rumba irrésistible, métissée soul, reggæ et latino, avec l’aide d’une petite section rythmique et, surtout, d’un gamin de 17 ans, Roger, qui tire des soli époustouflants d’un improbable instrument à une corde monté sur boîte de conserve ! Ça s’écoute autant que ça se danse. Ça transpire une incroyable joie de vivre. Bref, c’est « très, très fort », comme le titre de l’album. Massive Attack, Damon Albarn (Blur), De La Soul ont déjà craqué. Un long-métrage consacré au groupe est annoncé pour 2010. » Je ne sais pas si le long-métrage est toujours d’actualité. Pour le reste, je persiste et signe.

 (CD Très, très fort, 11 titres et 4 vidéos. Crammed Discs).

 

OMAR PENE, “Ndam”. Au milieu des années 70, Youssou N’Dour avec son Super Etoile, d’un côté, Omar Pene et son Super Diamono, de l’autre, se firent les champions du mbalax, un rythme sénégalais bâti sur des trilles obsédantes de percussions et de guitares. Youssou est devenu une star internationale, Omar l’est surtout chez lui et en Afrique. Tous deux ont un peu la même voix chaleureuse et haut perchée ; à ceci près que celle du second est moins sophistiquée, plus tripale. Exact reflet, en somme, d’un artiste issu de la rue et dont les textes socialement engagés parlent aussi bien aux jeunes qu’aux anciens de son pays.

 

 

 

 

Tout comme Myamba (2004) et Moom Tamit  (2007), ses deux albums précédents, Ndam fait la part belle à l’acoustique, à la nuance, à l’émotion subtile, à l’exemple du superbe Wooma (Appelles-moi), bercé d’accordéon rêveur, de guitare/douceur, de chœurs chuchotés, de percus apaisées. Il y a chez Omar Pene une mélancolie récurrente qui n’exclut évidemment pas la danse mais qui donne à l’ensemble de son répertoire une certaine gravité. Normal quand on chante la tragédie des boat-people, l’Afrique ruinée par le pillage, la violence faite aux enfants, mais aussi l’amitié fidèle, l’amour en manque de l’élue, la mère à qui on demande pardon, la quête incessante de la paix. Musulman de la confrérie des Mourides, tout comme Youssou N’Dour, Omar Pene est un monument de tolérance dont le chant habité et la musique soyeuse sont un baume pour le cœur.

 (CD Ndam, 12 titres, 48’04. Aztec Music/Discograph).

 

Publié dans Toutes les musiques

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