Petite planète, tome 5 : Lokua Kanza et… les Dogs !

Publié le par Jean Théfaine

LOKUA KANZA, “Nkolo”. « Je voulais retrouver la magie des nuits de mon enfance à Kinshasa », racontait Lokua Kanza, en 1992, à la sortie de son premier album éponyme. Un pur éblouissement dans le ciel de la musique africaine et de la musique tout court. D’où sortait donc cet ovni à la voix miraculeuse, aussi belle que la silhouette d’un oiseau sur un fil ? Dans le “milieu”, on savait depuis longtemps les qualités de cet enfant de Bukavu, fils d’un Congolais et d’une Rwandaise, touche-à-tout surdoué qui décida de devenir chanteur après un concert de Myriam Makeba. Installé à Paris depuis 1984, il avait collaboré avec les plus grands (Manu Dibango, Ray Lema, Papa Wemba…) avant de tracer sa propre route. En 1995, il y eut Wapi Yo, qui confirma la donne. Puis 3, en 1998, qu’une mauvaise promotion gâcha. Puis Toyeti be, en 2002, qui ramena l’artiste aux avants-postes. Puis Plus vivant, en 2005. Un pari et un tournant puisque Lokua Kanza, décidé à casser l’image réductrice de l’Africain qui s’exprime exclusivement dans les langues vernaculaires, chantait en total français hexagonal. Normal pour quelqu’un qui parle au quotidien cette langue-là, mais apparemment difficile à accepter pour la critique et une partie de ses admirateurs. Plus vivant ne rencontra donc pas le succès escompté, malgré ses qualités intrinsèques. 




Nkolo Akosunga (Deus Ajudara), unmorceau extrait de l’album Toyeti be.


Pascal – hé oui, c’est son prénom – prit donc la direction du Brésil pour se ressourcer. L’album Nkolo, qui vient de sortir, est la carte postale qu’il envoie pour nous dire que tout va bien, que son moral est au beau fixe, qu’On veut du soleil, que sa quête de sérénité et de spiritualité est intacte, qu’il n’a pas oublié le village de son enfance. En lingala, en portugais et en français, Lokua Kanza décline tout en nuances et en douceur l’arc-en-ciel de ses sentiments de citoyen du monde. Sa voix, si c’est possible, est encore plus habitée et, surtout, magiquement entourée par un habillage musical d’une finesse confondante. Tout est dit, ou presque, dans l’intro du premier morceau : quelques notes aériennes de kalimba, puis le chant qui s’élève et se déploie. La suite coule de source. Limpide, à la fois instinctive et maitrîsée, enluminée de notes fragiles (ondes martenot, piano, flûte, guitares, chœurs à cœur, percussions légères, frôlements et chuchotements…). « J’ai voulu planter une sorte de baobab, où on pourra se poser quand on ne sait plus très bien où on en est, ou encore quand on cherche ses racines », explique Lokua. Que les esprits de la forêt t’entendent et te protègent, l’ami.

 

 

(CD Nkolo, 12 titres, 42’03. World Village/Harmonia Mundi).

 

DOGS, “3 original album classics”. Legacy, qui exploite le fonds de catalogue de Sony, est décidément une mine d’or. En rééditant dans un coffret trois albums des Dogs, le label fait œuvre de salubrité publique. Car qui, aujourd’hui, hormis les fans de l’époque et quelques fondus d’histoire du rock, connaît encore le groupe de Rouen, qui marqua au fer rouge les années 80 ? Et pourtant, quelle claque de redécouvrir la force brute qui animait la bande de Dominique Laboubée, chanteur charismatique, prématurément disparu en 2002. L’essence du rock, vital, urgent et brûlant, est dans ces disques indémaillables, tout droit inspirés par d’autres icônes qui s’appelaient The Flamin Groovies, The Kinks, The Pretty Things, Gene Vincent, The Stooges, The Fleshtones, The Inmates… Deux guitares, une basse et c’est parti droit devant. En anglais dans le texte, ce qui n’était pas un avantage commercial à l’époque, mais bien une attitude radicale. Aujourd’hui encore, difficile de résister à ces petits chefs d’œuvre d’efficacité classieuse que sont Too much class for the neighbourhood, Poisoned town, ou encore et surtout l’époustouflant M.A.U.R.E.E.N, qui aurait été un hit mondial si les Dogs n’avaient pas été frenchies.



Sur Legendary lovers, le même album, il ne faut pas rater non plus l’impeccable reprise, avec harmonica bluesy et guitare à l’arrache, du Bird doggin’ de Gene Vincent. J’ai vérifié : dans ma collection de vinyles, les trois LP sont bien là, qui attendaient juste qu’on les réveille. La réédition de Legacy, avec cinq bonus à la clé (la version française de Secrets est une perle), est l’occasion de ranimer la flamme. Pas par nostalgie, mais par simple souci de justice. Parole de témoin, qui a vu le gang en scène à Brest. Emporté trop vite, lors d’une tournée américaine, par une saloperie de cancer foudroyant, Dominique Laboubée méritait bien ça. Ses copains aussi.

 

 

(Coffret 3 CD, reprenant, avec bonus, les albums Too much class for the neigbourhood (1982), Legendary lovers (1983), Shout ! (1985). Legacy/Sony). 

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Cabaret Frappé 11/07/2011 11:52


Lokua Kanza en concert à Grenoble au festival Cabaret Frappé le jeudi 28 juillet!!


Jean Théfaine 30/03/2010 21:18


Merci aussi pour l'info. Que les Dogs, et singulièrement Dominique Laboubée, fassent partie des références de Jean-Louis me confortent dans tout le bien que je pense de lui!


Pierrot 30/03/2010 20:17


merci de l'info pour les Dogs. Jean-Louis Murat lui a dédié un titre de Lilith ("gel et rosée") me semble-t-il et a eu des mots très gentils, pleins d'estime, à son égard. C'est plutôt rare de sa
part.