Petite planète, tome 4 : Jeanne Cherhal, Nilda Fernandez

Publié le par Jean Théfaine

JEANNE CHERHAL, “Charade”. Quatre ans qu’on attendait le retour de la Jeanne, goélette-amiral d’une chanson française haut de gamme. La revoilà avec Charade, un album quasi expérimental, où elle assume la totale : l’écriture, la composition, le chant, l’instrumentation (claviers, synthés, guitare, basse, batterie et bidouilles diverses). Enregistré entre Paris et Madrid, avec la complicité du réalisateur et ingénieur du son Yann Arnaud, il est construit comme une charade (c’est d’ailleurs le titre du disque). Quinze titres qui se déclinent en “Mon premier”, “Mon second”, “Mon troisième” et ”Mon tout”. Des séquences où “la” Cherhal régle, sur le mode majeur et vengeur, ses comptes avec la gent masculine. A commencer par le métaphorique et grinçant Certains animaux qui ouvre le bal. Jeanne est au sommet de son écriture dans ce superbe album libératoire où elle ose tout. Un titre comme Hommes perdus (« Vous mes morts et vous mes vivants/Vous mes hommes perdus/Ne vous poussez pas trop dans les rangs/C’est assez grand ») a même des allures de bijou. Tout comme En toute amitié, le premier single, ou Mon corps est une cage, traité sur le fil du rasoir, façon Camille.

 

 

On écoute, ébahi et épaté, la dame jongler avec les trouvailles sonores et rythmiques, se lancer dans des acrobaties vocales, vider ses armoires par-dessus les moulins. La suite s’annonce tout aussi délectable puisque, sur scène, Jeanne Cherhal a choisi de se faire accompagner par… La Secte Humaine, un groupe d’obédience nantaise, comme elle, puisqu’il comprend trois French Cowboy (ex-Little Rabbits) et le guitariste historique de Katerine ! Les petits veinards qui ont vu la première, le 9 mars, au Bataclan, peuvent en témoigner : ce fut électrique et explosif ! Très rock’n’roll, même, comme l’a dit à chaud, conquise, Valérie Lehoux, de Télérama, sur l’antenne de France-Info ; et comme le montrent trois photos de Francis Vernhet, visibles sur l’excellent blog de Fred Hidalgo (http://sicavouschante.over-blog.com/). Une deuxième date est prévue au même endroit le 28 mai. J’oubliais de vous dire que j’adore aussi la pochette de Charade enluminée par les (très jolies) cannes de Jeanne, son minois mutin et ses poses mutines. Olé…

 

(CD Charade, 15 titres, 15’06. Barclay/Universal).

 

NILDA FERNANDEZ, “Ti amo”. Singulier parcours que celui de Nilda Fernandez, dont la voix androgyne séduisit d’entrée lorsqu’elle célébra Madrid, Madrid en 1987, puis Nos fiançailles en 1991. Mais les routes droites, ce n’est pas la tasse de thé du franco-andalou qui, très vite, leur préféra les chemins buissonniers, les pistes parallèles, la fréquentation des poètes, parmi lesquels Garcia Lorca, qu’il mit en musique et interpréta dans un album de 1999, Castelar 704. Impossible de lister toutes les aventures auxquelles participa Nilda - dont des tournées vagabondes en roulotte entre 1996 et 1998 - tous les voyages qui le menèrent à séjourner notamment à Cuba et en Russie. De temps à autre nous parvenaient quelques nouvelles du hobo, mais nombreux sont ceux qui pensaient qu’on ne le reverrait plus guère sur les scènes françaises. Fin juin 2009, pourtant, on le retrouvait au générique d’Anne de Bretagne, un rock-opera d’Alan Simon. Avant le lever de rideau, dans la cour du château des Ducs, à Nantes, il offrit même aux 6000 spectateurs des deux soirées une poignée de ses chansons.

 



Émission TV " à l'affiche ". Rencontres Cinématographiques de Cannes, version acoustique du titre "Plages de l'Atlantique" .
 

 


La sortie de Ti amo, un album tout neuf, confirme que Nilda Fernandez est bien de retour. Sous une flamboyante pochette, éclaboussée par le rouge d’une passe de muleta, l’hombre à la voix d’ange a glissé douze titres ciselés avec amour : celui de la langue, celui de la mélodie qui accroche, celui de l’habillage instrumental, aussi riche ici qu’un costume de torero. Guitare flamenca, cordes, mandoline, luth, bouzouki, cuivres, accordéon, cornemuse, chœurs : la palette pourrait être écrasante. Elle ne l’est jamais, tout entière au service des histoires fraternelles brossées par Nilda le romantique, le généreux, l’ultrasensible.

 



Quelques images et sons sur le nouvel album enregistré en 2009 à Gênes. Une vidéo réalisée par Léa Rinaldi.

 
Comme si on ne s’était pas quittés aussi longtemps, on craque à nouveau sur ces chansons si “évidentes” qui s’appellent Je lui raconte, Berceuse,  Si tu me perds… J’arrête là, car on pourrait les citer quasiment toutes. Merci au bourlingueur d’être revenu dans notre lumière. Avant une tournée française, Nilda a présenté son album le 26 janvier au Café de la Danse, à Paris, et il sera le 12 avril à la Cigale.

 

(CD Ti amo, 12 titres, 38’. Diese Records/Harmonia Mundi).

 

 

 

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ept 12/11/2010 23:30


merci!on reconnait le melomane!!


gerard 02/04/2010 11:29


Bonjour,
je découvre votre blog, à l'éclectisme musical très riche, via celui de Fred Hidalgo. Je n'ai pas trouvé d'autre moyen de vous contacter que le lien "commentaire".
Agent du chanteur, auteur compositeur Jean-Pierre REGINAL (le connaissez-vous ?), je voudrais vous faire parvenir son nouvel album, C.D. "Fragile accalmie" (c'est son 14ème enregistrement). Si vous
êtes intéressé, contactez-moi pour me communiquer l'adresse où vous l'envoyer.
C'est très souvent l'air breton qui inspire Jean-Pierre, résident secondaire en Bretagne(Dinard).
Bien cordialement.
Gérard LÔO
06 22 10 49 21


Gérard Delahaye 25/03/2010 09:29


Merci Jean ! j'ai adoré l'album "l'eau" de Jeanne Cherhal, c'était un plongeon vers le haut par rapport aux deux précédents. Celui ci semble dans la lignée.
Nilda, je l'ai vu en solo l'hiver dernier, et j'ai découvert un vrai artiste, guitariste, chanteur, sensible et fin...Merveilleux !