Petite planète, tome 2 : Ali et Toumani, Vieux Farka Touré

Publié le par Jean Théfaine

ALI FARKA TOURE & TOUMANI DIABATE : “Ali et Toumani”. Disparu en 2006, à l’âge de 67 ans, le guitariste et chanteur malien Ali Farka Touré était devenu au fil des ans une sorte de “monstre sacré”. En Afrique, bien sûr, où la plupart des musiciens lui vouent une absolue vénération, mais également bien au-delà. “Fils naturel” de John Lee Hooker et de la tradition songhaï, l’ethnie dont il était originaire, ce malicieux conteur, viscéralement attaché à sa terre de Niafunké, une ville proche de Tombouctou, dont il fut un temps le maire, avait littéralement réinventé le blues, dont il prétendait qu’il était né sur les bords du fleuve Niger. Les Américains Ry Cooder et Taj Mahal enregistrèrent en duo avec lui. Mais c’est de sa rencontre avec un compatriote, le virtuose de la kora Toumani Diabaté, que sont nés deux albums d’exception, aux allures de testament désormais. Le premier, In the heart of the moon, paru en 2005 et couronné d’un Grammy Award, est un absolu chef d’œuvre a propos duquel j’avais écrit dans Chorus (n° 52) : « Ce qui ruisselle ici, c’est ce que devrait toujours être la musique ; pour tout dire, c’est la musique incarnée. Un bouleversant dialogue (….), une invitation méditative à l’ouverture aux autres, à l’écoute mutuelle ». Enregistré en trois séances de deux heures, sur le mode de l’improvisation, par un studio mobile dans un hôtel de Bamako, cet opus semblait insurpassable. La divine surprise, c’est la sortie d’Ali & Toumani, mis en boîte quelques mois plus tard dans un studio londonien, sous la houlette de Nick Gold, le producteur du disque cité plus haut.




Comme s’ils reprenaient une conversation interrompue la veille, Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, discrètement accompagnés par le contrebassiste cubain Cachaito Lopez (Buenavista Social Club), témoignent une ultime fois, en douze séquences miraculeuses, de leur magique complicité. Tout de sérénité, cet album – dont Toumani dit aujourd’hui qu’il lui semble « plus fort, plus sage et meilleur » que le précédent – devrait pouvoir s’écouter encore longtemps tant il est intemporel, aérien, rayonnant, apaisant. A l’image de 56, un dream-movie dont la pureté et la plénitude sont à serrer le cœur. Il n’y aura pas de troisième opus, Ali s’étant éclipsé, tout comme Cachaito Lopez, décédé en 2009. Reste Toumani Diabaté, dont la légende ne fait que grandir tant il a, comme Ali l’avait fait avec sa guitare, réinventé la kora. Longue vie au passeur…

 

(CD Ali & Toumani, 11 titres, 50’03. Would Circuit Records).


ecard_ali_toumani_2.jpg 

 

VIEUX FARKA TOURE, “Fondo”. Eh oui, c’est le “fils de”. Le seul rejeton de l’emblématique Ali qui ait osé emprunter les traces de son père. Il avait 26 ans, en 2007, lorsqu’était sorti son premier album éponyme. Un disque épatant où il déployait toute l’étendue d’une culture musicale sans frontières (il vivait à l’époque, mais ça n’a pas dû changer, entre le Mali et les Etats-Unis), tout en assumant ses racines. C’est ainsi que papa Ali apparaissait discrètement sur deux titres et que Toumani Diabaté paraphait le tout avec un sensible duo instrumental. Pour le reste, Vieux – étrange prénom quand même pour un gamin ! – assumait son univers en toute liberté. Un univers éclatant, bourré d’énergie, rythmiquement imparable. Il récidive en ce début 2010 avec Fondo. Sans son père, bien sûr, mais avec son cousin Afel Bocum et, de nouveau, Toumani Diabaté, dont les broderies de kora sur l’ultra-sensible instrumental  Paradise ressemblent à un adoubement.

 



Si, musicalement, la tradition n’est pas oubliée, c’est sur un large arc-en-ciel sonore que se promène Vieux Farka Touré. Le funk, le reggæ, les tourneries gnawa, les boucles hypnotiques des musiques du désert, voire le rock font – avec le blues - intimement partie de la palette du jeune Malien, visiblement “libéré” de l’imposante image du père. Sa belle voix ample et tonique, comme son jeu de guitare aussi riche qu’habité, font merveille sur un morceau comme Fafa, avant que le train de brousse s’emballe sur le très dansant Al Haïra, dans une gerbe de percussions. Au paradis des musicos, Ali ne doit pas être mécontent.

 

(CD Fondo, 11 titres, 48’06. Six Degrees Records).

Publié dans Toutes les musiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Elsa 04/06/2010 01:06


http://rencontres-et-racines.audincourt.com/index.php?id=programmation&ida=38

Vieux Farka Touré sera au Festival Rencontres et Racine d' Audincourt (25400) le 27 juin ...