Petite planète, tome 13 : Tony Joe White, Neil Young

Publié le par Jean Théfaine

White1-copie-3.jpegTONY JOE WHITE, “The Shine” + “Live in Amsterdam”. Vous en connaissez beaucoup, vous, des artistes dont, avant même d’avoir entendu le grain de voix, on repère le phrasé de guitare en une poignée de secondes ? Tout en haut de mon panthéon personnel, il y a Tony Joe White, un Américain de 67 balais, pour la discographie duquel j’échangerais volontiers une montagne de “nouveautés” insipides. Depuis son premier album, en 1968, et un Soul Francisco de fracassante mémoire, je n’ai jamais perdu de vue ce fils des marais louisianais dont l’univers n’a pourtant jamais beaucoup changé. Pas de grand écart formel dans le “swamp rock” de ce bohème nonchalant, mais une fidélité sans faille à un univers unique, où le blues, mâtiné de country et de folk, de rock fluide, voire de soul soyeuse, se conjugue à l’infini, sans jamais lasser ceux qui sont sur la même longueur d’ondes. Une fois de plus, avec The Shine, son dernier opus, Tony Joe White touche à cœur en égrenant ses histoires de grands espaces, d’aubes lumineuses et de crépuscules mélancoliques. Dieu que sa voix brumeuse de baryton est touchante dans les dix ballades (hormis Strange night, un poil plus rapide) qui composent le disque ; dieu que sa guitare Telecaster est fascinante quand elle frôle et caresse ses mots dans l’intro de Something to soften the blow, juste avant une plainte d’harmonica. Peu de choses en somme, mais l’essentiel. Au fond du fond du pot, il y a du Dylan, du Cohen et, bien sûr, du JJ Cale, chez le sieur Tony, dont j’ai l’honneur de partager la vénération avec Murat. Salut Jean-Louis…

White2-copie-2.jpegEn même temps que The Shine, sort un Live in Amsterdam qui comblera les inconditionnels. La bonne idée, c’est d’avoir réuni dans le même boitier un CD de 11 titres et un DVD reprenant le listing à l’identique. Sobrement accompagné par deux musiciens (Jeff Hale à la batterie, Tyson Rodgers aux claviers), Tony Joe White se laisse glisser en douceur et profondeur sur sa pente naturelle de flaneur des bayous. Aucune accélération intempestive dans ce vagabondage juicy où s’enchainent des langueurs étirées comme You’re gonna look good in blues et une énième version “habitée” de Rainy night in Georgia. Pour la bonne bouche, il y a une longue reprise (plus de 10’) de l’indémaillable Polk salad Annie, soulignée de guitare reptilienne, balançant de notes bleues en grondements saturés. A l’image, tout ça passe d’autant mieux que le concert a été enregistré en novembre 2008 dans une salle magnifique, le Paradiso d’Amsterdam. Contempler dans ce décor de vitrail la tronche de Tony Joe White, galure sur la tête, harmonica au ras du micro, a quelque chose de délicieusement décalé. A quand une tournée du monsieur dans nos contrées ?

 


 

CD Shine, 10 titres, 52’47. Swamp Records/Munich Records.

CD + DVD Live in Amsterdam, 11 titres, 77’17. Swamp Records/Munich Records.

 

Neil-copie-1.jpegNEIL YOUNG, “Le Noise”. Fork on the road, l’avant-dernier album de Neil Young, c’était en 2009. Un an après, voilà Le Noise (vous noterez la coquetterie française du “Le”), une véritable bombe sonore sculptée à même la matière par Daniel Lanois, compatriote canadien du Loner et sorcier du son. Que ceux qui en sont restés à Harvest passent leur chemin. Ici, l’imprécateur a choisi de pousser les potards dans le rouge, seul aux commandes de sa Gibson électrique et, pour deux titres sublimes, de sa Martin acoustique. Pourquoi cette chevauchée fantastique, sous un ciel zébré d’éclairs ? Bien malin qui peut répondre à ce type de question. Depuis toujours, Neil Young a été imprévisible, préservant ombrageusement sa liberté de créateur surdoué. Le seul constat à faire, c’est qu’il a gardé une colère intérieure intacte, dans ses mots qui interpellent une nouvelle fois notre monde bancal, comme dans sa façon de traiter, voire maltraiter, ses guitares afin de leur faire cracher de véritables lames de feu, comme dans Angry world ; ou des merveilles acoustiques crèvecœur, comme dans Peaceful valley boulevard.

 

 

Et puis, bien sûr, il y a la voix haut perchée, si particulière et chavirante, de l’artificier, qui vous embarque si facilement de l’autre côté du miroir. Touche classieuse supplémentaire : c’est en noir et blanc qu’a été conçue la pochette. Avec, frontalement, l’image en pied et surexposée du desperado solitaire, dos à ce qu’on suppose être deux piliers d’église. Au verso, la silhouette d’une rotonde illuminée, noyée de nuit, invite à un voyage qu’on devine fantastique. Neil Young forever…

 

CD Le Noise, 8 titres, 37’09. Reprise Records/Warner.

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