Petite planète, tome 10 : Murray Head et Tony Allen

Publié le par Jean Théfaine

 

MURRAY HEAD, “Collection live 2009”. Murray Head est de retour et met le paquet pour le faire savoir. Sur la boutique de son site (www.murrayhead.fr), on trouve, en effet, depuis la mi-mars, une pleine poignée de documents divers qui raviront certainement ses fans : un CD Collection live 2009, qui compile 16 titres enregistrés durant sa dernière tournée ; de même extraction, un Integral live de 22 titres, en deux volumes ; une repro géante (118 x 75, avec autographe) d’une affiche de l’Olympia 1983 ; enfin et surtout un coffret Collect’Or rassemblant l’intégrale live 2009, citée plus haut, trois heures de vidéos inédites (depuis 1981) commentées par Murray lui-même, un CD bonus du répertoire folk-blues d’une tournée en trio, un livret de photos puisées dans la collection personnelle de notre homme. Fameuse occasion de redécouvrir le talent intact d’un artiste multi-cartes (chanteur, mais aussi acteur de cinéma, héros de comédies musicales) dont la France “tomba en amour” au milieu des années 70. Son tubissime Say it aint’ so Joe, sorti en 1975, et repris par l’ex-Who Roger Daltrey, fait désormais partie des classiques du répertoire rock. Mais Murray Head, c’est beaucoup plus que ça. Un être humain chaleureux, un showman d’exception, la sensibilité à fleur de peau, dont je garde en mémoire la première rencontre, le 16 ou le 17 août 1980, à Plonéour-Trez, en Finistère, sur la scène du mythique Festival Elixir, dont c’était la deuxième édition. Depuis la longue interview réalisée après son ébouriffant spectacle , on ne s’est jamais perdus de vue.



Murray a eu mille vies, mais s’est toujours retrouvé. Après deux albums en français (Tête à tête en 2007, Rien n’est écrit en 2008), il a revisité sur la route, en 2009, une sélection de sa malle aux trésors. Quatre super-musiciens étaient à ses côtés, dont les fidèles Phil Palmer (guitares) et Geoffrey Richardson (violon). « Cela risquait, écrit Murray, de devenir une excuse pour deux heures d’indulgence et de nostalgie sentimentale chaque soir. A la place, c’est devenu un joyeux échange d’énergie et de célébration d’amitié ». Exact, sir. « Sans aucun “re-re” (overdub), ou tripatouillage », c’est même un bel exemple de ce qu’on peut faire quand on choisit de replonger honnêtement dans son passé. Si passé il y a, car la fraîcheur vitale avec laquelle sonnent des titres emblématiques comme Los Angeles, Corporation Corridors, Mademoiselle, One night in Bangkok et, bien sûr, Say it ain’t so Joe, n’a rien de cérémoniel ou compassé. Au cœur du réacteur, il y a, bien sûr, la voix si particulière de Murray, haut perchée, griffée, totalement sincère. Maintenant que les présentations sont à nouveau faites, on croise les doigts pour la suite…

 CD Collection live 2009, 16 titres, 78’10. Avel Ouest.

 

 TONY ALLEN, “Secret agent”. Le 12 août, Tony Allen aura 70 ans. Comme le temps passe vite, damned… Pour ceux qui auraient loupé la marche, ce Nigérian est un batteur cultissime. « Peut-être le plus grand de tous les temps », dit même Brian Eno. Un monument, en tous cas, qui, de 1968 à 1979, fut le directeur artistique de Fela Anikulapo-Kuti, dit Fela, avec lequel il inventa et développa l’afro-beat, une musique hypnotique mixant les rythmes yoruba, le highlife, le funk et le jazz. Après s’être brouillé avec son tempétueux partenaire, dont il ne partageait pas la radicalisation, il vécut de nombreuses expériences avec des aventuriers du son, comme lui. Parmi les plus récentes, il y a sa collaboration avec Damon Albarn, leader de Blur et de Gorillaz, sur le label duquel il enregistra un album en 2005 (Lagos no shaking) avant de former avec lui, en 2005, un “super-groupe” – “The Good, The Bad & The Queen” ! - où officiait notamment Paul Simonon, l’ancien bassiste des Clash ! C’est dire l’ouverture de Tony Allen dont le dernier album, Secret agent, confirme qu’il reste, selon une jolie expression des Inrocks, « un infatigable Vulcain de l’afro-beat ». La référence absolue dans le genre, n’en déplaise aux fistons de Fela, Seun et Femi, qui ne sont pourtant pas manchots non plus.

 

 

Onze morceaux, 54 minutes de cavale implacable : c’est le menu du nouvel opus. Pas besoin de disséquer cette force qui va, solidement arrimée aux pulsations d’une batterie qui “parle” littéralement, comme savait le faire celle du grand Art Blakey, dont Tony Allen revendique la filiation. Sur ce rail de grand voyage, les cuivres n’ont plus qu’à se poser, les chœurs féminins (parmi lesquels la Nigériane Ayo) s’envoler, la guitare parapher l’espace et les vocalistes leaders (dont le maestro lui-même sur deux morceaux) pousser les feux de la locomotive. A cheval sur l’Afrique et l’Occident, Tony Allen signe ici un magnifique album de… transe, rapidement addictif pour peu qu’on s’y abandonne.

CD Secret Agent, 11 titres, 54’06. World Circuit.

 

Publié dans Toutes les musiques

Commenter cet article

Jean Théfaine 09/06/2010 12:17


Joliment et justement dit, camarade.


Gérard Delahaye 09/06/2010 11:39


ouahh ! ça déchire ! Ce groove, ça fait rêver, c'est doux et musclé à la fois, un paradis soyeux et sensuel.