Petite planète, tome 7 : Johnny Cash, Red Cardell

Publié le par Jean Théfaine

JOHNNY CASH, “American VI : Ain’t no grave”. S’il est une légende américaine, c’est bien Johnny Cash, “The man in black”, disparu à 71 ans, quatre mois après la femme de sa vie, June Carter. Longtemps rongé par l’alcool et la drogue, il changea littéralement de vie en 1968, soutenu par une foi qui ne le quittera jamais plus. Un virage radical qui aurait pu le plomber mais dont il sut tirer le meilleur, imposant l’image d’un charismatique pèlerin de la rédemption à travers des chansons de racine country, teintées de blues et de gospel, fortes et limpides à la fois, transcendées par une formidable voix de baryton. C’est en 1994 que le producteur Rick Rubin eut l’idée de faire enregistrer à Johnny Cash, sur son label American Recordings, un mélange de reprises et de compositions personnelles. Un cocktail dépouillé accueilli triomphalement par le public. Depuis, cinq autres albums, dont deux posthumes, sont sortis. Tous, ou presque, aussi indispensables les uns que les autres pour qui aime l’interprète de Folsom prison blues ou Walk the line (c'est également le titre d’un film sur la vie de Cash, sorti en 2005, avec Joaquim Phœnix dans le rôle principal).

 

 

 

 

Le sixième et dernier élément du puzzle, est paru début 2010 et c’est à serrer le cœur. La voix de l’immense Johnny est plus grave que jamais, moins souple aussi, accidentée parfois, mais il y passe un souffle de vie têtu. Bouleversante, elle témoigne qu’au crépuscule de son existence l’homme en noir était prêt à poser son sac, franchir le miroir et rentrer au bercail. « There is no grave can hold my body down », chante d’entrée le héraut. Suivent des reprises de Sheryl Crow (Redemption day), Tom Paxton (Can’t help but wonder where i’m bound) and so on, et une sublime variation de Johnny Cash lui-même autour de l’épître aux Corinthiens (I Corinthians 15:55). Une pépite, qu’on croie au ciel ou qu’on n’y croie pas.

 CD “American VI : Ain’t no grave”, 10 titres, 32’03. American Recordings).

 

 

 

Pendant qu’on y est, en bonus, Johnny Cash et Bob Dylan interprétant en duo un titre du second, “One too many mornings”.

 

 

RED CARDELL, “Soleil blanc”. En décembre dernier, le trio quimpérois m’avait fait un cadeau royal : assister, dans le studio même où il avait été cuisiné (L’Alhambra-Colbert, à Rochefort, Charente Maritime), à la finalisation  de son nouvel opus, Soleil blanc, dans les bacs désormais depuis un mois. Il y avait là, autour de Jean-Pierre Riou (chant et guitare) et Manu Masko (batterie et samples), l’ex-Négresses Vertes Stéphane Mellino dans le rôle du réalisateur et Clive Martin dans celui de l’ingénieur du son. Sacré souvenir que cette soirée d’écoute attentive et répétée, d’où il était évident qu’allait sortir un album fort en épices diverses. Sur le thème du voyage, Jean-Pierre Riou et ses deux complices avaient, en effet, brodé une série de chansons vagabondes empruntant au terreau celtique, bien sûr, mais aussi à ces musiques avec racines que sont le blues, la country et le gospel. C’est évident avec Comme une pierre qui roule, formidable ballade crèvecœur, que je ne ferai pas l’injure de traduire aux dylaniens : la “fusion” entre la voix légèrement griffée de Jean-Pierre Riou, l’accordéon chavirant de Jean-Michel Moal, la rythmique toute en souplesse de Manu Masko, l’envolée finale de cuivres façon tex-mex, est tout simplement exceptionnelle d’intensité émotionnelle. Ça l’est aussi avec Robert Johnson, hommage sans fard au bluesman mythique qui vendit son âme au diable à un carrefour, quelque part du côté de Clarksdale, au Mississipi.

 

 

 

 

Mais il y a bien d’autres temps forts dans ce disque, comme l’envoûtant Monsieur, décliné sur tempo lent ; comme La valse des apaches, qui renvoie à un musette fantasmé avec… banjo, âme et tripes ; comme le sautillant Si je cale je coule, empruntant joyeusement aux fanfares de la Nouvelle-Orleans ; comme Le comptoir, tendrement nostalgique. En queue de train, il y a L’île, une grande chanson de plus, aux accents mi-bretons mi-orientaux nourris d’électro. Bref, Soleil blanc devrait permettre à Red Cardell d’élargir encore et encore son public, bien au-delà de son territoire d’ancrage. Qu’on l’écoute enfin ainsi :  ce groupe, l’un des tout meilleurs, est de Bretagne, bien entendu, mais aussi et très largement du monde comme il bat la chamade. Universel, quoi.

(CD “Soleil blanc”, 12 titres, 44’04. Keltia Musique).

 

 

Publié dans Toutes les musiques

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Jean Théfaine 19/04/2010 20:14


Merci aussi. En cliquant sur ton nom, j'ai découvert ton site et le “What's up” de 4 Non Blondes. Super. C'est déjà sur ma page Facebook...


Jann 19/04/2010 19:56


Merci Jean, tu me fais découvrir des beautés musicales.
Merci... Monsieur...