Kate McGarrigle: adieu Madame...

Publié le par Jean Théfaine

Kate McGarrigle s’est éteinte lundi 18 janvier, vers 22 h, à son domicile d’Outremont, un quartier de Montréal. Emportée à 63 ans par un cancer, découvert en 2006, dont elle n’avait quasiment jamais parlé. Ses proches étaient présents, dont sa sœur Anna, avec laquelle, durant des décennies, elle défendit une certaine idée du folk, et son fils Rufus Wainwright, qu’elle avait eu d’un premier et tumultueux mariage, en 1971, avec le légendaire songwriter Loudon Wainwright III. Martha Wainwright, la sœur de celui-ci, née de la même union, était à Londres, retenue par les suites de l’accouchement difficile de son premier enfant.

La nouvelle n’a pas fait grand bruit en France (à signaler quand même un beau portrait, signé Hugo Cassavetti, sur Télérama Radio) où la renommée des sœurs McGarrigle était confidentielle. Au Canada, elle a profondément touché tant ses compatriotes avaient d’affection pour cette famille de musiciens généreuse, un peu bohême. Bon, vous savez probablement qui est Rufus Wainwright, le “fils de” mais beaucoup plus que cela encore, auteur-compositeur-interprète surdoué qui, en une douzaine d’années et une poignée d’albums magnifiques, a imposé sa voix et son style uniques, jusqu’à monter un hommage à Judy Garland, en 2007, au Carnegie Hall. Vous connaissez peut-être moins Martha, tout aussi “rare” pourtant que son frère, dont le dernier album, sorti en octobre 2009, est un hymne à Edith Piaf, intitulé Sans fusils, ni souliers, à Paris.




Kate & Anna McGarrigle, avec quelques amis (Rufus Wainwright - fils de Kate -, Emmylou Harris, Mary Black, Karen Matheson, Rod Paterson) interprètent un titre de Stephen Foster, Hard times come again no more, pendant une Transatlantic Session.
  

 

Profitez du coup de projecteur dramatique donné sur Kate McGarrigle pour découvrir l’importance du travail qu’elle a mené en duo avec sa sœur Anna depuis les années 60. Une sœur qui, à l’origine, n’avait pas prévu de faire carrière dans la chanson, jusqu’à un coup de fil de Kate qui, elle, ne rêvait que de ça, la persuadant de la rejoindre à New-York. Du rapprochement de ces deux voix naîtra une magie alchimique, faite de clarté, de simplicité, d’émotion nue. Un peu « comme à la maison », disaient souvent les admirateurs des deux dames, tout  comme leurs détracteurs qu’agaçait leur spontanéité sans prétention. Derrière elles, les sœurs McGarrigle laissent une dizaine d’albums au parfum envoûtant, quelques titres à succès Outre-Atlantique, des morceaux repris par des artistes comme Judy Collins et Billy Bragg, des collaborations d’égal à égal avec Emmylou Harris, Linda Ronstadt, Nick Cave, Michel Rivard, Gilles Vigneault et, bien sûr, Loudon, Rufus et Martha Wainwright.

 
Pour avoir une idée du pouvoir d’envoûtement que génèrent les mélodies et les harmonies vocales de Kate et Anna, commencez par écouter The McGarrigle Hour, un album en plénitude de 1998. Un album peu banal aussi, puisqu’on y retrouve tout le clan : Kate et Anna, bien entendu, mais aussi leur sœur Jane (gérante du duo), Rufus, Martha et Loudon Wainwright, le conjoint (Dane Lanken) et les enfants d’Anna (Lily et Sylvan), ainsi que plusieurs amis musiciens (Emmylou Harris, Linda Ronstadt, Chaim Tannenbaum…) !




Vous aurez le choix, ensuite, entre le répertoire anglophone des dames et leur répertoire francophone (Entre la jeunesse et la sagesse/The french record, sorti en 1981, et le sublime La vache qui pleure, édité en 2003, dont Jacques Vassal disait, dans Chorus n° 48, que c’est « un disque de chevet comme il en tombe trois ou quatre dans l’année, pas plus »). Pour la petite histoire, j’ai eu la chance de voir en scène la tribu. C’était en 1999, au Festival International de Québec. Kate et Anna étaient là, en compagnie de leurs conjoints et de Martha. J’ai le souvenir d’un fort moment… d’intimité, alors que nous étions un bon millier en contrebas de la scène de plein air. Comme on pouvait s’y attendre, ce fut un concert “à la bonne franquette”, folk dans le sens convivial du terme, un peu comme si nous étions réunis dans le salon de nos hôtes. Une inoubliable et « délicieuse gâterie country-folk », ainsi que je l’écrivais dans le Chorus n° 29.

 

Kate est montée sur scène une dernière fois, lors du spectacle de Noël annuel du clan McGarrigle-Wainwright, le 9 décembre dernier, au Royal Albert Hall de Londres. Courageuse et digne jusqu’au bout. Merci pour tout, madame.

 

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Jean Théfaine 06/02/2010 09:59


Tu as mille fois raison, Enora, mais l'actualité est terrible en ce début de millésime. Le prochain papier que je mets en ligne est une chronique d'albums très éclectique: Allain Leprest, Brigitte
Fontaine, Ali Farka Touré et Toumani Diabaté, Lokua Kanza, Dan ar Braz, Hindi Zahra, Okou... Place aux vivants (encore qu'Ali n'est plus là, lui non plus)!


Enora MONFORT 06/02/2010 09:46


Eh bien Jean, ce blog commence hélas (et tu n'y es pour rien, à ressembler à une chronique nécrologique, tant cette année 2010 nous endeuille à répétition...
Heureusement que nous ne parlons pas ici théâtre, car il aurait fallu y joindre Pierre Vaneck, Georges Wilson...
Heureusement il y a les vivants ! Et tant de beauté et de talent encore à découvrir !


Jean Théfaine 05/02/2010 18:12


Cher Michel, Kate McGarrigle aurait apprécié, je crois, ton commentaire. J'ai profité de ton message pour jeter un œil sur ton site. J'encourage les visiteurs à faire de même, car il est super.


Michel Boutet 05/02/2010 16:36


Merci à toi, Jean, de saluer le départ de Kate McGarrigle. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur l'évidence, la force, le respect de l'oeuvre, qui étaient la marque des soeurs McGarrigle,
je signalerai leur superbe interprétation sans fioritues de "La complainte du phoque en Alaska" sur le disque "Beau d'hommage" (avec Paul Piché, Claire Pelletier, Daniel Boucher, et bien d'autres)
où elles écrivaient que "Beau Dommage" étaient là pour "soulager les survivants dispersés". Bel hommage qu'on peut retourner à Kate McGarrigle.


Jean Théfaine 05/02/2010 12:50


Merci Patricia. Je garde un excellent souvenir de mon unique passage à Aix pour Chorus. C'est là que j'avais déjeuné avec Mano Solo, découvert Anaïs dans une petite salle... Des temps forts.