Césaria Evora, avec sentiments

Publié le par Jean Théfaine

Césaria Evora : Voilà deux décennies exactement, à 47 ans, Césaria Evora enregistrait en France son premier album, La diva aux pieds nus. Il faudra le suivant, Mar azul, publié en 1991, pour que l’immense talent de la dame de Mindelo crève vraiment l’écran. Pour avoir eu la chance de la croiser dès 1989, je peux témoigner qu’il n’y avait pas grand doute à avoir sur la suite. Notre rencontre avait eu lieu dans l’arrière-boutique d’un disquaire nantais aujourd’hui disparu. Je n’oublierai jamais le regard de cette femme un peu perdue, qui n’avait guère connu jusque là autre chose que son île. Un regard à la fois malicieux et profondément – j’allais dire naturellement – mélancolique. Sa voix au timbre si particulier, voilée de mille et nuits pas forcément féériques, véhiculait la même émotion que son chant qui m’avait tant touché d’emblée.

Depuis, je n’ai jamais perdu Césaria de vue. Assistant à sa consécration, en 1991, avec Mar Azul, puis à son irrésistible montée internationale. Dégustant, le cœur froissé, des concerts à géométrie variable, mais toujours emplis d’une humanité chavirante. Renouant la conversation au fil d’interviews sur le mode intime et simplement attentif, loin du chahut-bahut “pipolisant”. Comme si j’étais concerné, j’appréciais d’apprendre qu’après les années de vaches maigres qu’elle y avait connues, Cize – ainsi que ses proches la nomment -  vivait enfin à Mindelo sans problème de fin de mois (cf le très beau livre de Véronique Mortaigne, journaliste au Monde, Cesaria et le Cap-Vert, paru en novembre 2008 aux éditions Tournon).


Pour le plaisir, cette vidéo live de 2004 dans laquelle Césaria revisite à sa façon l'immortel Besame mucho  

 

Courant 2008, justement, nous avions été nombreux à craindre pour la vie de dame Evora, victime d’un accident vasculaire cérébral au cours d’une tournée en Australie. Apparemment, la vaillante – qui a stoppé l’alcool depuis un moment, mais qui n’a toujours pas renoncé au tabac -  s’est plutôt bien remise de ce méchant bug puisqu’elle nous revient, toujours chez Lusafrica, avec un magnifique album de plus, Nha sentimento (Mes sentiments), qui sortira le vendredi 29 octobre. En 2006, Rogamar n’avait peut-être pas eu l’écho médiatique qu’il méritait. Si vous aimez Césaria et ce qu’elle représente, au-delà du visage fatigué et bouleversant qui est désormais le sien, de sa voix qui a un peu perdu en fluidité mais reste tellement charismatique, n’hésitez pas à embarquer dans ce nouveau voyage où les coladeras, rythmées et dansantes, prennent le pas sur les mornas, si chavirantes les soirs de vague à l’âme. Encore que la frontière émotionnelle entre les deux styles soit bien fragile. Personnellement, j’ai immédiatement craqué sur l’élégant Ligereza, avec sa ritournelle d’accordéon, et sur Fatalidade, une ballade doucement crèvecœur signée, comme le précédent, Teofilo Chantre. Côté nouveauté, il y a l’introduction, sur certains titres, des cordes délicatement orientalisantes d’un orchestre du Caire. Comme sur le morceau Sentimento, le bien nommé, qui donne envie d’essuyer une larme furtive. La classe, quoi, une fois encore.

Pour fêter son retour, Césaria sera en concert à Paris, les 9 et 10 novembre, sur la scène du Grand Rex.  Un événement que ne manqueront pas les admirateurs de l’humble diva, car le temps des grandes tournées mondiales, donc épuisantes, est apparemment terminé. En guise de mise en bouche, France-Inter accueille dame Evora dans ses locaux, samedi 30 octobre, pour l’enregistrement d’un concert intime qui sera diffusé le jeudi 5 novembre, de 21 h à 23 h, dans l’émission “Sur la route” de Laurent Lavige ; avec interview en prime. Ceux qui ont envie d’assister à ce moment précieux, qui aura pour cadre le studio 105, sont invités à se présenter le 30, à partir de 17 h, dans le grand hall de la Maison de la Radio. Entrée libre dans la mesure des places disponibles, comme d’hab’. 

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