Figures (libres) de Bob Dylan

Publié le par Jean Théfaine

Que n'a t-on pas écrit sur Dylan depuis bientôt un demi-siècle qu'il sévit (hé si, faites le compte). Des tonnes de bouquins plus ou moins pertinents, dans un paquet de langues. J'en étais au milieu de Bob Dylan, une biographie (éditions Albin Michel), un pavé de 490 pages et de deux ans d'âge déjà, signé par l'excellent François Bon, lorsque je suis tombé sur Figures de Bob Dylan (éditions Le Mot et le Reste), un essai de Nicolas Rainaud. Un peu plus de 200 pages seulement, une couverture sobre pas spécialement accrocheuse, aucune illustration: un livre qui se mérite, quoi. C'est seulement après l'avoir refermé, lecture accomplie, que j'ai découvert l'âge du capitaine. L'âge de Rainaud, si vous préférez. 26 balais seulement! Naissance en 1983, au moment où Bob, que certains disaient déjà fini, sortait Infidels, un album produit par Mark Knopfler, dont on ne retiendra guère que l'obsédant Jokerman. En clair, le futur exégète avait déjà plus de deux décennies de retard à rattraper sur son sujet! Comment est-il tombé dans la potion magique dylanienne? Comment s'y est-il pris pour explorer tant et tant de matière accumulée? Le jeune homme, il faut le dire, a de la ressource puisque, dixit la quatrième de couverture, il "a collaboré à la revue Esprit, à l'écriture et à la mise en scène d'une pièce de théâtre ainsi qu'à un projet musical intitulé Mercury Sound". Si on ajoute qu'il est également diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques, on comprend mieux qu'il sait manier l'analyse et jongler avec concepts, hypothèses et plans sur la comète. Une fois noté ce qui précède, précipitez-vous sur l'ouvrage de Nicolas Rainaud. Un must d'intelligence qui ne cherche jamais à vous refiler une énième photo “définitive” du sieur Zimmerman, mais à se balader avec fluidité dans la forêt des questionnements. Parfois, on se dit qu'il exagère, que le cheminement labyrinthique qu'il propose est franchement culotté. Et puis, quand on aime Dylan d'une passion inextinguible, on craque et on adhère. "Une seule vie ne peut être suffisante à revêtir autant de facettes. Le visage est marqué. Le figure de Bob Dylan est trop complexe. Tellement loin de vous. Contentez-vous d'apprécier la musique" écrit l'auteur au verso de son livre. Le livre qui manquait, celui qu'on rêverait d'avoir fait. A recommander chaudement aux inconditionnels, car il faut quand même posséder quelques clés du trousseau pour ouvrir la porte qui donne sur "desolation row” et autre “ballad of a thin man”.

 

    

 

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