Requiem pour Chorus

Publié le par Jean Théfaine

Pour ceux qui l'ignoreraient, Chorus était, depuis 17 ans, l'indiscutable revue de référence de la chanson en francophonie. Un monument trimestriel de 190 pages attendu comme grand cru à la table d'un gourmet par des milliers d'afficionados français, mais aussi québécois, belges, suisses, et j'en passe un train de marchandises entier. Hé bien cette bible, que Hubert-Félix Thiéfaine avait joliment baptisée "nos Cahiers du Cinéma à nous", n'est plus. Pas possible? Si. L'annonce de sa disparition est tombée autour du 23 juillet, en pleine vacance de tout (médias et lecteurs, notamment). Sur son site Internet, Télérama s'est bien fendu de quelques lignes incomplètes. A Nantes, siège de la société Millénaire Presse qui avait repris Chorus il y a un an, Ouest-France y a bien été d'un petit papier nécrologique. Mais la mauvaise nouvelle ne se répandra vraiment qu'en cette rentrée, au moment surtout où les abonnés découvriront que leur loukoum, leur remonte-moral, est passé clandestinement de vie à trépas. Pour info, Thierry Lecamp (par ailleurs collaborateur du journal depuis quelque temps) a commencé à allumer le feu sur l'antenne d'Europe 1, où il recevait ces jours-ci Amandine Bourgeois et Maurane.

Afin que les choses soient claires, je tiens à préciser que je faisais partie, depuis sa fondation en 1992, du comité de rédaction de la revue, tout en assurant mon boulot de journaliste culturel au quotidien Ouest-France, dont je suis un honorable retraité depuis 2004. C'est dire si j'ai donné moi aussi pour ce canard hors-norme, où je m'étais laissé embarquer par mon pote Marc Robine, parti depuis au "paradis des musiciens" mais tellement présent en ces jours de chien. Que d'aventures passionnées, partagées avec une équipe de "cinglés" comme moi, pour lesquels le mot chanson ne rimait pas seulement avec "petit patapon". Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à feuilleter l'incroyable Index tenu à jour, depuis 17 ans, par Mauricette Hidalgo; des milliers de références et de renvois sur lesquels se jetaient les plus accros des lecteurs et tous les professionnels de la profession, petits ou grands, avant de rencontrer tel ou tel artiste.


En guise de bouquet d'adieu, "Le paradis des musiciens", interprété par Danielle Messia, disparue elle aussi le 13 juin 1985


Or donc, je suis orphelin et très fâché. Et je ne suis pas le seul, loin s'en faut. L'écho de l'escamotage en catimini commençant à se répandre, c'est tel abonné qui m'écrit qu'il est "stupéfait", telle importante structure chanson en région qui m'avoue être "ahurie et catastrophée" tant la mine d'infos qu'était Chorus va lui manquer. Bon, dans l'immédiat, compte tenu de mon (petit) statut de partie prenante dans cette affaire et de ce qui risque de se passer dans les semaines à venir, je vais essayer de rester profil bas. De ne pas concentrer mon tir sur Nicolas Marc, le patron de Millénaire Presse, qui - par quelque bout qu'on regarde la chose - est quand même l'unique responsable de la liquidation intervenue en juillet. Il avait, soutient-il, ses raisons financières, Chorus étant à ses yeux victime de la crise générale et de divers facteurs sur lesquels on reviendra sans doute plus tard. Côté Fred et Mauricette Hidalgo, les fondateurs historiques de Chorus (qui faisait suite, rappelons-le, à Paroles et Musiques, un mensuel formidable que, déjà, Jean-François Kahn fit passer à la trappe en un temps record), c'est évidemment l'effondrement. Eux qui, sur sa bonne mine et ses promesses, avaient confié les clés à Nicolas Marc avec mission de faire perdurer le journal quelques années encore, les voilà abattus en plein vol, comme perdrix de batterie. Incrédules et blessés. Des arguments contre ce qui vient d'arriver, y compris ce qu'ils estiment être des "contre-vérités flagrantes et éhontées", ils en ont un plein camion et sont bien décidés à les faire valoir auprès de qui de droit. En attendant que la justice définisse clairement les torts éventuels des uns et des autres, que leur dire ici de plus que mon amitié fidéle et intacte, mon admiration pour le travail qu'ils ont effectué, mon soutien indéfectible dans les jours sombres qui se profilent. 

 Un malheur ne survenant jamais seul, le "liquidateur" nantais ayant fait couper le téléphone aux Hidalgo, ceux-ci sont momentanément privés d'Internet et le fameux 02 37 43 66 60 ne répond plus. Si vous voulez les contacter, un seul moyen: leur écrire à Fred et Mauricette Hidalgo, BP 28, 28270-Brézolles.

Publié dans Toutes les musiques

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Jean-François Cand 08/10/2009 00:22


En Suisse, on apprend les nouvelles avec un certain recul... Ou on ne les apprend pas: rien à l'équinoxe, rien depuis... On ne peut pas dire que les nouveaux "éditeurs" aient fait preuve de
beaucoup de courtoisie avec les abonnés. Etonnant, non?
Demeurent les soixante-huit numéros de Chorus, avec leurs ancêtres de Paroles et Musique. Quel que soit le forfait des "repreneurs" actuels, ces numéros demeurent, sont lus et relus, donnent des
idées, des sensations - et il finira bien par renaître quelque chose, par voie écrite ou électronique. Jamais l'argent n'a tué l'esprit.
Merci à tous ceux qui se sont engagés dans Chorus, qui l'ont fait vivre, assez miraculeusement, jusqu'à cet été. Et bienvenue à leurs successeurs, indépendants des requins de la finance.


Jean Théfaine 09/10/2009 00:27


Si vous recevez Europe 1, ne ratez pas le RV donné samedi 10, de 23 h à 1 h, par Thierry Lecamp. C'est un "Spécial Chorus" en technicolor... Les copains d'abord, quoi... 


Christian Camerlynck 22/09/2009 13:15


J'avais un abonnement à la Scène l'autre excellente revue par ailleurs du groupe qui a racheté Chorus, j'ai tout annulé. Je ne supporte pas les escrocs. Pour ma part, je ne suis qu'un petit artisan
de la chanson,que puis-je faire d'autres??? Pleurer ne sert à rien. Continuer à me battre pour la chanson. Les Variétés sont à la mode. La variété de la chanson, elle, est en deuil et en danger.Il
n'y a as d'autre solution que la résistance.Redescendons la chanson dans la rue, dans les petits lieux, dans les théâtres et pas seulement la chanson émergente, mais aussi celle qui est immergée,
la face cachée de l'Iceberg, partout où on ne l'attend pas.
Dans cet esprit, Voilà 5 années que nous avons créé un festival à Arras qui a une certaine originalité puisqu'il s'appuie sur la pratique amateur de la chanson pour faire découvrir des Rémo Gary,
Michèle Bernard, Gérard Morel,Presque Oui, Madame Raymonde etc... avec quel Soutien des professionnels de la profession??? Si peu... Je ne sais si une revue reverra le jour, mais au cas où...
Pensons un peu plus à ceux qui font vivre la chanson tous les jours... les acteurs et chanteurs de l'ombre ceux qui vont dans les écoles, les quartiers, qui ont des initiatives différentes que les
concerts où les résidences...Je prêche pour ma paroisse oui.Je n'en ai pas honte. Il ne suffit pas de dire ce que l'on va faire et de faire ce que l'on a dit mais aussi de dire ce que l'on a
fait.Pour ma part j'ai le sentiment d'avoir autant servit la chanson et ses auteurs compositeurs que bien des revues ou des journalistes spécialisés. Voilà pourquoi je dis merci à Chorus d'avoir
été.Nous partagions la même mission.Je regrette que les promesses d'une nouvelle vie de la seule et unique revue de chanson ne soient pas tenues. Battons-nous!Ou mourrons.


Jean Théfaine 09/10/2009 00:29


Je vous réponds bien tardivement, mais grand merci pour votre commentaire.


Michel BOUTET 21/09/2009 18:30

Bonjour Jean,
J'ai déjà eu l'occasion d'écrire à Mauricette et Fred Hidalgo combien l'annonce en plein festival de Barjac de la disparition de Chorus, dans des circonstances assez lamentables, m'a consterné, mis en colère. Mais quoi faire de cette colère ?... J'ai téléphoné à Millénaire Presse pour avoir des explications, c'est assez édifiant. D'après la dame aussi brave qu'embarrassée qui m'a répondu, vous, les rédacteurs, n'auriez pas dû être surpris ! Si j'ai bien compris, elle me suggérait de vous tenir pour une bande de fieffés menteurs : c'est beaucoup me demander.
Alors, pour nous édifier complètement, relisons ce que déclarait le patron de Millénaire Presse en juin 2008 :

« Chorus est une revue d’excellence dont nous entendons conserver l’esprit et la “petite musique intérieure”, indique Nicolas Marc, directeur de Millénaire Presse. Nous saluons l’extraordinaire travail des fondateurs, Mauricette et Fred Hidalgo, en tous points confortés dans leurs fonctions. Nous mettrons tout en œuvre pour permettre à Chorus de renforcer sa position de leader dans le domaine de la presse chanson, tout en restant fidèles au concept et au positionnement de la revue qui sont à l’origine de son succès. »

Etonnant, non ?... Alors, même si en France on n'a pas le droit d'appeler au boycott, on peut peut-être éviter, oh par pure distraction, de soutenir ce monsieur Marc.

Charles-Albert 17/09/2009 22:59

Bonjour, boulversé par la nouvelle (et je pèse mes mots)je cherche, avec mes petits moyens, des solutions tous azimuts. Pensez-vous qu'une pétition soit utile ? Si oui, je suis prêt à la créer. Mais contre (ou pour)qui, pour quoi ?

Jean Théfaine 18/09/2009 10:21


Dans l'immédiat, il n'y a pas grand chose à faire. Mais des initiatives vont probablement être prises, que je relaierai sur mon blog. En attendant, merci pour votre réaction.


Pol 09/09/2009 21:34

Merci pour votre réponse.
Lorsque la nouvelle est tombée pendant les vacances, il était alors question d'un ultime numéro-baroud d'honneur en septembre. C'est tombé à l'eau si je comprends bien ?
Je ne peux en tout cas réprimer un pincement en coeur quand on voit, sur le site de Chorus, que le dernier édito de Fred Hidalgo est consultable. Son titre : "C'était menti" ! Humour noir a posteriori...

Amitiés à toute l'équipe.

POL