Lhasa : quelqu’un de l’intérieur

Publié le par Jean Théfaine

Lhasa est de retour avec un album d’exception. Le troisième en douze ans, ce qui n’a vraiment rien d’excessif. Le premier, qui s’appelait La Llorona (la pleureuse), était sorti au Canada quelques mois avant l’été 1997. Cet été-là, justement, je couvrais pour la revue Chorus le Festival d’Eté de Québec, où la demoiselle était programmée. Pas sur une grande scène, oh non, mais au bar d’Auteuil, une petite salle conviviale au profil plutôt rock. Aujourd’hui encore, je ressens le choc de ce concert-là, auquel j’ai repiqué le lendemain tellement j’étais sorti fasciné. Tout au fond du bistrot, Lhasa de Sela – car c’est ainsi qu’elle s’affichait à l’époque – crevait l’écran. Pas en force, mais en magnétisme inexplicable. Le regard limpide et le geste retenu. Cherchant des yeux chaque spectateur pour l’amener à elle. Dessinant dans l’espace de tendres arabesques avec ses mains et son corps de liane.

Dans le numéro 21 de Chorus, paru à l’automne suivant, j’avais dressé sur deux pages le portrait de cette jeune femme au cœur voyageur, née d’un père mexicain et d’une mère américaine. Un portrait nourri par une longue et sensible rencontre à la terrasse d’un bistrot animé de la place d’Youville. Probablement le tout premier papier paru en France sur Lhasa, dont l’album ne sortira chez nous que quelques mois plus tard, aussitôt salué d’un **** dans Télérama par la si regrettée Anne-Marie Paquotte. Douze ans plus tard, écoulé à plus de 500 000 exemplaires à travers le monde, cet album en espagnol, qui reste un ovni par son approche irréelle d’une Amérique du Sud fantasmée, a gardé une puissance d’envoûtement intacte. En témoigne la vidéo ci-dessous d'un de ses titres, De cara a la pared, captée en 2004 au festival carhaisien des Vieilles Charrues.


C’est à Marseille, où elle passera quelque temps, que Lhasa enregistrera une partie de son deuxième opus. Mais c’est à Montréal, où elle était retournée en 2002, qu’elle achèvera The living Road, millésimé 2003. Une merveille encore, en espagnol, en anglais et en français, nourrie de mille et une errances littéralement vampirisées par quelqu’un de l’intérieur. En ce début 2009, Lhasa est là ; un troisième album au titre éponyme, comme le symbole d’un recommencement, d’un nouveau départ, allez savoir avec cette mystérieuse bourlingueuse au regard légèrement bridé, à la voix profonde et rauque, qui renvoie si fort à Billie Holiday, qu’elle interprétait à 13 ans dans les cafés de San Francisco. Cette fois, seul l’anglais a droit de cité. Mis en boîte à l’ancienne, sur une bande analogique, dans des conditions quasiment live, les douze titres, écrits, composés et produits par Lhasa elle-même, irradient d’une mélancolie presque… sereine et d’une tristesse… qui fait du bien à l’âme. C’est simplement beau, magique et bouleversant. Adossé pour l’essentiel aux musiques américaines qui, parmi d’autres, ont construit la dame : le folk, le blues, la country, le gospel.

Lhasa, qui débutera une tournée européenne à Amsterdam, le 16 octobre, se posera notamment ensuite à Paris (le 19/10, Olympia), Toulouse (21/10), Bordeaux (22/10), Nantes (23/10), Rouen (24/10) et Lyon (27/11). Le nom des absents sera relevé…

Publié dans Toutes les musiques

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