Charlie Winston, super-hobo

Publié le par Jean Théfaine

Il y a trois mois encore, qui connaissait vraiment, en France, Charlie Winston ? Sa décapante reprise de I’m a man du Spencer Davis Group, qui illustrait en 2008 la pub d’une voiture allemande, avait fait dresser l’oreille. Mais il a fallu la toute récente sortie, fin janvier, de Hobo, le second album du monsieur (un premier, Make way, publié en 2007 sur le label Real Word de Peter Gabriel, qui l’avait pris sous son aile, était passé inaperçu ici) pour que la fusée décolle. Pas en cahotant, mais plein gaz. Avec, pour locomotive, le tubesque Like a hobo.


CHARLIE WINSTON : Like a hobo - Taratata
TARATATA N° 294 (Tour. le 27/10/08 / Diff. France 4 le 09/01/09)

Depuis, on l’a vu casser deux fois la baraque à Taratata, seul ou en duo avec Catherine Ringer, qui l’avait présenté au label Atmosphériques ; ses deux concerts parisiens, les 9 et 10 juin, à La Cigale, sont déjà complets ; du Printemps de Bourges aux Vieilles Charrues, il est de tous les festivals qui comptent. Bref, ça roule ma poule pour le trentenaire (hé oui, ce n’est pas un poussin du jour), né en Cornouailles britanniques, aujourd’hui installé à Paris.  Un oiseau rare, qui a beaucoup roulé sa bosse (il a séjourné en Inde, composé pour la danse, le théâtre, des courts-métrages…), ce qui explique sûrement l’aisance habitée de ses prestations.

Tant de bonnes choses qui tombent soudain sur la même tête, ça prête à méfiance. On se dit qu’il y a peut-être du préfabriqué derrière ce bonhomme hilare au petit chapeau de guingois. Alors on cherche. Et on ne trouve rien. Sauf un talent aussi énorme que protéiforme. En référence à I’m a man et à quelques titres de son opus tout neuf, les chasseurs de papillons l’épinglent déjà dans la boîte soul/r’n’b. Ecoutez bien, car c’est beaucoup plus large que ça. Comme un grand courant d’air qui aurait effectivement embrassé la soul et, dans le même mouvement, brassé le folk (superbe Calling me), le blues, la pop, le ska (Kick the bucket). Dans les bagages de ce vagabond béni des dieux, il y a non seulement Ray Charles, Randy Newman (cf, particulièrement, l’irrésistible Generation spent) et Tom Waits, ses piliers originels, qu’on repère très vite dans le paysage. De toute évidence, il y a aussi Jeff Buckley pour un certain phrasé, certaines envolées vocales (dans Boxes, notamment), un certain type d’énergie. Sans trop pousser le bouchon, on peut même dire que, parmi les ombres familières de Charlie, flottent Antony sans ses Johnsons, voire Rufus Wainright, deux performers atypiques avec lesquels il partage de ci de là une couleur de voix, une approche.

C’est mon avis et je le partage : si la pression ne le fait pas imploser, Charlie Winston a toutes les chances de s’installer parmi les grands. Pour l’instant, c’est le plus beau cadeau musical qu’on nous ait fait en ce début 2009 mangé aux mites de la dépression générale. Allez, on croise les doigts pour ce génial électron libre dont, si on en croit les vidéos qui fleurissent sur le Net, les concerts sont à la hauteur de l’attente qu’il génère. Conseil aux plus curieux : allez faire un tour sur le site Deezer, qui propose en exclusivité une session acoustique de Charlie Boy. Deux titres, dont Like a hobo, tournés dans un bar désert, avec le seul Ben Edwards à l’harmonica. C’est simplement superbe.



 

Publié dans Toutes les musiques

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Orion & Vger 27/03/2009 17:05

Bonjour,

Merci pour ta demande de participation à la communauté des "Musiques".

Tu peux venir te présenter sur notre forum (http://forums.over-blog.com/topic-1001480539.html)

Bonne continuation et à bientôt.

Bise.

Orion.