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  • : Jean Théfaine
  • : Longtemps journaliste au quotidien Ouest-France. Collabore au magazine Chorus/les Cahiers de la Chanson, et à la revue nantaise Place Publique. Auteur d'une biographie d'Hubert-Félix Thiéfaine (Fayard/Chorus) et d'un livre sur Tri Yann (Tournon).
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Mardi 27 octobre 2009

Césaria Evora : Voilà deux décennies exactement, à 47 ans, Césaria Evora enregistrait en France son premier album, La diva aux pieds nus. Il faudra le suivant, Mar azul, publié en 1991, pour que l’immense talent de la dame de Mindelo crève vraiment l’écran. Pour avoir eu la chance de la croiser dès 1989, je peux témoigner qu’il n’y avait pas grand doute à avoir sur la suite. Notre rencontre avait eu lieu dans l’arrière-boutique d’un disquaire nantais aujourd’hui disparu. Je n’oublierai jamais le regard de cette femme un peu perdue, qui n’avait guère connu jusque là autre chose que son île. Un regard à la fois malicieux et profondément – j’allais dire naturellement – mélancolique. Sa voix au timbre si particulier, voilée de mille et nuits pas forcément féériques, véhiculait la même émotion que son chant qui m’avait tant touché d’emblée.

Depuis, je n’ai jamais perdu Césaria de vue. Assistant à sa consécration, en 1991, avec Mar Azul, puis à son irrésistible montée internationale. Dégustant, le cœur froissé, des concerts à géométrie variable, mais toujours emplis d’une humanité chavirante. Renouant la conversation au fil d’interviews sur le mode intime et simplement attentif, loin du chahut-bahut “pipolisant”. Comme si j’étais concerné, j’appréciais d’apprendre qu’après les années de vaches maigres qu’elle y avait connues, Cize – ainsi que ses proches la nomment -  vivait enfin à Mindelo sans problème de fin de mois (cf le très beau livre de Véronique Mortaigne, journaliste au Monde, Cesaria et le Cap-Vert, paru en novembre 2008 aux éditions Tournon).


Pour le plaisir, cette vidéo live de 2004 dans laquelle Césaria revisite à sa façon l'immortel Besame mucho  

 

Courant 2008, justement, nous avions été nombreux à craindre pour la vie de dame Evora, victime d’un accident vasculaire cérébral au cours d’une tournée en Australie. Apparemment, la vaillante – qui a stoppé l’alcool depuis un moment, mais qui n’a toujours pas renoncé au tabac -  s’est plutôt bien remise de ce méchant bug puisqu’elle nous revient, toujours chez Lusafrica, avec un magnifique album de plus, Nha sentimento (Mes sentiments), qui sortira le vendredi 29 octobre. En 2006, Rogamar n’avait peut-être pas eu l’écho médiatique qu’il méritait. Si vous aimez Césaria et ce qu’elle représente, au-delà du visage fatigué et bouleversant qui est désormais le sien, de sa voix qui a un peu perdu en fluidité mais reste tellement charismatique, n’hésitez pas à embarquer dans ce nouveau voyage où les coladeras, rythmées et dansantes, prennent le pas sur les mornas, si chavirantes les soirs de vague à l’âme. Encore que la frontière émotionnelle entre les deux styles soit bien fragile. Personnellement, j’ai immédiatement craqué sur l’élégant Ligereza, avec sa ritournelle d’accordéon, et sur Fatalidade, une ballade doucement crèvecœur signée, comme le précédent, Teofilo Chantre. Côté nouveauté, il y a l’introduction, sur certains titres, des cordes délicatement orientalisantes d’un orchestre du Caire. Comme sur le morceau Sentimento, le bien nommé, qui donne envie d’essuyer une larme furtive. La classe, quoi, une fois encore.

Pour fêter son retour, Césaria sera en concert à Paris, les 9 et 10 novembre, sur la scène du Grand Rex.  Un événement que ne manqueront pas les admirateurs de l’humble diva, car le temps des grandes tournées mondiales, donc épuisantes, est apparemment terminé. En guise de mise en bouche, France-Inter accueille dame Evora dans ses locaux, samedi 30 octobre, pour l’enregistrement d’un concert intime qui sera diffusé le jeudi 5 novembre, de 21 h à 23 h, dans l’émission “Sur la route” de Laurent Lavige ; avec interview en prime. Ceux qui ont envie d’assister à ce moment précieux, qui aura pour cadre le studio 105, sont invités à se présenter le 30, à partir de 17 h, dans le grand hall de la Maison de la Radio. Entrée libre dans la mesure des places disponibles, comme d’hab’. 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : Toutes les musiques
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Lundi 19 octobre 2009

Il y a dix ans, Jean-Louis Murat s’était frotté à l’Amérique une première fois, accouchant d’un splendide Mustango, enregistré à Tucson (Arizona) et New-York avec ce qu’on peut appeler du beau monde, dont le groupe Calexico et la chanteuse d’Elysean Fields. Quelques albums plus tard, dont l’avant-dernier, le magique Tristan, mis en boîte quasiment en solitaire, dans le repaire auvergnat de son auteur, l’imprévisible vagabond a de nouveau traversé l’Atlantique. Destination Nashville, cette fois. De cette escapade est né Le cours ordinaire des choses, une merveille de disque qui réussit l’exploit de marier pour le meilleur la si précieuse et si unique poésie muratienne avec les envolées mélodiques d’une country de grands espaces. « Mon meilleur disque », assure Jean-Louis, une vieille connaissance avec qui je partage sans chichis un large fonds de sauce musical, dont la country, précisément, qu’il y a peu de temps encore il était de bon ton de snober chez nous pour cause de relents populaires douteusement variétoches. Coupable méconnaissance, voire connerie primaire, que cette attitude-là. Bashung, déjà, l’avait démontré plusieurs fois. Murat remet ça en technicolor. Et ça l’fait grave.




Du tonique et flamboyant Comme un incendie au poignant et mélancolique Taïga, c’est un sans faute que signe ici l’ermite des puys. Si vous n’avez jamais aimé Murat, essayez ; on ne sait jamais, le philtre pourrait fonctionner. Si vous l’aimez vraiment, abandonnez d’éventuelles idées préconçues sur le pourquoi du comment, sur les routes et déroutes qui abondent dans l’œuvre du chantre d’Orcival. Nous ne sommes pas ici dans l’expérimentation sonore mais dans la chanson de noble extraction, celle qui peut se fredonner dans sa salle de bain tout en se promenant avec une éblouissante liberté et une sidérante virtuosité sur la gamme des mots et des sensations qui font émotion. L’or alchimique, en somme. Les bruissements qui semblent sourdre du portrait de couverture, le visage de l’hombre qui se fond dans le végétal jusqu’à devenir paysage lui-même pourraient être les premiers indices de la transmutation. J’exagère ? A vous de voir. En attendant, voici de larges extraits d’une interview que j’avais réalisée courant juillet pour la revue Chorus, hélas passée depuis à la trappe. Une interview inédite, donc, que j’avais envie de partager avec vous.  


link 

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Murat et son nouvel album, le lien ci-dessus renvoie à Twitter. Clic... 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Lundi 19 octobre 2009

Mis en boîte à Paris, le 7 juillet 2009. La parole est à Murat. Propos choisis autour de son Amérique à lui, avec digressions en prime. Jean-Louis, c’est à toi.


Tu avais enregistré “Mustango” à New-York en 1999. Cette fois, tu as choisi Nashville, la capitale de la country music. Pourquoi ?


J’avais d’abord pensé à Memphis. En décembre dernier, j’en ai parlé à Christophe Dupouy, un vieux complice avec qui j’enregistre depuis longtemps. Il m’a dit qu’il n’y a plus rien là-bas et que la plupart des musiciens de Memphis travaillent aujourd’hui à Nashville, la Mecque de la country, la matrice de tout ce qu’on aime toi et moi, quoi. Tu y trouves les meilleurs studios, les meilleurs musiciens et tu travailles encore à l’ancienne ; la plupart du temps avec des bandes, comme nous. Il n’y a quasiment pas d’ordinateurs ; tout se fait à la main. La maintenance du matériel est sensationnelle. Il y a du matos des années cinquante ou soixante, absolument incroyable. Quand j’y étais, il y avait aussi Robert Plant, les White Stripes, Elvis Costello… Tout le monde va là-bas car tu y bosses comme on y bossait en 1970. Les gars n’ont pas d’accordeurs : ce sont de tellement bons musiciens. Ils ont l’oreille absolue. Tu es au royaume de la musique, quoi ! Comment ça s’est passé avec les musicos ? Super. Plus ils sont grands, plus ils sont sympas,  moins ils paient de mine. Tu vois arriver un gars, tu demandes qui c’est et on te répond : c’est le guitariste Dan Dugmore. Tu fais : ah bon, d’accord…


Il a une carte de visite hallucinante, celui-là ! Il a travaillé avec James Taylor, Linda Rondstadt et un paquet d’autres…


Tous les numéros 1 de Linda Ronstadt, c’est lui.

 
Qui a fait le casting ?


Un peu comme d’habitude, j’ai dit à Christophe Dupouy : il me faut le meilleur studio, les meilleurs musiciens ! Ce n’est pas une affaire de pognon, je préfère travailler deux jours dans le meilleur studio avec les meilleurs musiciens plutôt que de merder pendant quinze jours dans des trucs moyens. Ça s’est fait sur place, avec le patron du studio Ocean Way à qui on a demandé de nous trouver qui était disponible à ce moment-là. Il a commencé par les batteurs. (Soupir) A un jour près, j’ai loupé celui qui a fait le dernier Neil Young ! Je l’ai rencontré le lendemain de notre session. Il était en train de discuter avec le bassiste Michaël Rhodes, qui me l’a présenté ainsi : il est de Memphis, il joue comme les mecs de Memphis, ça pourrait être le batteur d’Otis Redding. Je lui dis : le patron d’Ocean Way vous a contacté, je suis très déçu que vous ne soyez pas sur mon album. Il m’explique alors qu’il ne pouvait pas, qu’il se trouvait à Londres avec un copain qui y donnait un concert exceptionnel avec un groupe que je ne devais pas connaître. Le copain, c’était Mark Knopfler et le groupe Dire Straits !


Combien de temps es-tu resté à Nashville ?


On avait prévu deux semaines, mais en cinq jours tout était enregistré. En première prise, ou presque ; deux au maximum. C’était le deal avec Christophe. Avant de partir, je m’étais dit : si je vais là-bas, je sais que je vais arriver dans un milieu hyper-professionnel, je ne peux m’en sortir que si je suis super prêt. Je donnais le tempo et on y allait. On commençait à 9 h et on finissait à 17 h. C’est la règle à Nashville, parce que le soir beaucoup de musiciens jouent sur scène.


Comment ça s’est passé sur place ?

 
J’ai appliqué ma méthode habituelle. En amont, j’avais beaucoup travaillé mes chansons. Je suis arrivé là-bas avec douze, tout dans la tête. Comme je n’avais pas amené de guitare, j’ai demandé au patron du studio s’il n’en avait pas une à me prêter. Il m’a sorti une acoustique des années 50 dont je me suis servi pendant tout l’enregistrement ! Dès que les musiciens étaient là – c’était l’exercice le plus délicat – je leur chantais en direct ma chanson guitare/voix, avec juste un métronome. Ils prenaient des notes sur leur petite partition. Je passais alors en cabine et j’enregistrais ma partie. Après, les gars n’avaient plus qu’à travailler dessus. Je leur donnais bien quelques indications, mais ils vont tellement vite ! D’autant qu’ils  passaient leur temps à me dire « I love your songs »… Jamais je n’ai entendu des musiciens français dire à quelqu’un « J’aime vos chansons ». Là bas, et c’est aussi une caractéristique de la musique country, les gens aiment vraiment LA chanson, le format chanson. Leur chanter les miennes, ça marchait à fond.

 
Qui sont les musiciens de Nashville ?

 
Pour faire court, aucun ou presque n’est du Tennessee ! Le guitariste, Ilya, était d’origine russe. Avec moi, il y avait aussi un Canadien, un Marocain, des gars de New York, Chicago, Los Angelès, même un d’Hawaï. C’est ce mélange-là qui est formidable. Dan Dugmore, par exemple, qui pourrait avoir la grosse tête, a été particulièrement sympa. Il m’a raconté l’époque où il tournait avec Crosby, Stills, Nash and Young. Eh bien, je peux te dire… Une fois, David Crosby a passé deux mois chez lui, un ranch où il élève des chevaux. C’était, paraît-il, incroyable. Crosby ne se souvenait plus d’un seul accord, il n’avait plus aucune idée de ce qu’étaient ses chansons. Dan Dugmore m’a assuré qu’il avait passé deux mois à les lui réapprendre ! Quant à Neil Young, je l’ai approché de très/très près. Figure-toi que l’ingénieur du son avec lequel on a travaillé et qui est devenu un ami (il doit venir à la maison) a tenu son studio pendant trois ans. Il a enregistré toute sa dernière tournée mondiale… Il m’a notamment montré des photos du dernier anniversaire De Neil Young où on voit celui qui avait enregistré Woodstock lui remettre la bande deux pistes de l’hymne américain par Jimi Hendrix ! J’ai vu également des images du rangement de ses bandes originales, la pièce où il y a tous ses amplis. (Rire) Les gens qui ont bossé avec lui disent tous  que c’est un tough guy. Ce qui ne m’a pas du tout étonné !


Pourquoi diable n’as-tu pas profité de l’occasion pour inviter Tony Joe White, dont on connaît l’admiration que tu lui portes ?


Je n’ai pas osé. Je suis arrivé tout près de lui… et j’ai fait demi-tour ! En plus, j’y allais pour lui demander, de la part du patron du studio qui le connaît bien. Il n’y avait pas de problème. Mais non. Peut-être une autre fois. En faisant peut-être comme Joe Dassin, qui a enregistré tout un album avec lui. C’est ça qu’il faudrait faire. Si tu veux, il faut bien utiliser la myhologie… Le lendemain, le mec du studio m’a demandé : et alors ? Je lui ai dit : je me suis dégonflé. Il n’en revenait pas ! Si Laure, ma femme, avait été avec moi, elle y serait allé direct.


Avec cet album, tu ne crains pas de dérouter tes fans, qui attendaient peut-être un « Tristan » bis ?


Je ne veux pas être dépendant de ça…


Ici, tu puises finalement dans tes vraies racines musicales…


Ça sonne Murat quand même, non ? L’important était de garder le contrôle. Je n’ai pas l’impression d’avoir été débordé, du style “je fais mon truc et les mecs m’accompagnent autrement”.


Je t’ai récemment vu seul en tournée. Là, tu reviens avec un album fait dans les conditions que l’on sait. J’imagine que tu vas tenter de le faire vivre sur scène…


(Il lève les yeux au ciel)


Oui, ça ne va pas être facile de faire venir les musiciens originaux. C’est complètement impensable ? D’abord, est-ce que tu en rêves ?


Ce dont je rêve, c’est de faire 3000, 4000, 5000 personnes tous les soirs. Là, je pourrais vraiment être moi-même. Effectivement, les mecs seraient OK pour venir ; j’en ai parlé avec eux tous. Ça ne leur poserait pas de problème. Ça leur plairait même beaucoup de venir jouer en France. Mais il faudrait que je fasse au moins des Zénith. Or, tu as vu que je rame plus souvent, seul comme un con, devant des salles beaucoup plus petites. C’est ça qui me donne le plus d’amertume. Que dans ce job, je suis cantonné à un certain fonctionnement. J’ai bien vu à Nashville, au bout de cinq minutes à montrer mes chansons, qu’il ne me manquait plus que ma guitare électrique. Il m’aurait suffi de l’avoir, avec des retours, et là j’étais enfin dans mon élément.


Tu penses enregistrer à nouveau à Nashville ?


J’y retournerai sûrement. Ce disque a été une telle surprise pour moi. Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça. Je n’allais pas là-bas à reculons, mais j’avais un peu peur. C’est tellement tout ce que j’aime. Or, je me suis vraiment retrouvé comme un poisson dans l’eau et je pense que la réciproque est vraie. Les musiciens et moi, on correspond encore. Une sorte d’amitié s’est spontanément installée. Je me sens très/très bien chez eux.


Quelques questions pour terminer. Qui est Ginette Ramade dont tu brosses le portrait sur ton album ?


C’est la femme démoniaque. C’est une idée de femme, comme Dolorès ou Venus ! Pour embêter Laure, mon épouse, je dis toujours que j’aime beaucoup les filles de paysan. Mon type de femme, ça a toujours été la caissière de chez Shopi, que j’ai pris l’habitude avec mes copains d’appeler Ginette Ramade. Au fil du temps, la Ginette Ramade est devenue pour moi le type absolu de la fille de paysan auvergnat. De ma longue expérience sentimentale, je retiens d’ailleurs que les filles les plus rudes sont les plus satisfaisantes (rire).


Lady of Orcival ?


C’est la vierge noire qu’on peut voir dans la basilique Notre-Dame d’Orcival, un village de montagne niché dans la vallée du Sioulot. Une basilique magnifique dans une vallée magnifique. Quant à la statue, c’est sûrement la plus belle vierge noire romane d’Auvergne. C’est la maîtresse de la vallée et de tout le village, dont la vie tourne vraiment autour de sa basilique. J’ai glissé quelques mots d’anglais dans la chanson parce que ça m’amusait. A Nashville, on a enregistré dans une église. Et pour que les musiciens comprennent mieux, j’ai utilisé Internet. En grand, sur un écran d’ordinateur, ils pouvaient voir la Vierge d’Orcival pendant qu’ils jouaient. Ça les a beaucoup touchés car, là-bas, la religiosité fonctionne encore. Ils hallucinaient qu’on puisse faire quelque chose de ce genre sur une basilique !


Dans “Un cow-boy à l’âme fresh”, un autoportrait de plus, tu dis notamment : « Au reposoir francisé/Reste que dalle à chanter ». Explication.


Le français est une vieille langue européenne, comme on dit d’un vin qu’il est vieux. Il n’y a pas grand chose à chanter, c’est tout. En allant à Nashville, tu t’aperçois que là-bas on fait encore du neuf, ici on restaure. On est dans une langue et une culture qui se déposent, où l’activité principale c’est de rénover. A part imiter les anciens, notre langue n’ouvre pas beaucoup de perspectives…. Bobby Lapointe, Bashung, Gainsbourg ont exploré des voies ; pour le reste, on n’échappe pas beaucoup à Ronsard et Du Bellay. Les perspectives ne sont pas énormes.


Ta réaction, alors, face à la marée montante des chanteurs français qui s’expriment en anglais ?


Il faut faire très attention à ce qu’on dit dans ce domaine. Ça pourrait tout de suite être pris comme une réaction de jalousie, ou je ne sais quoi. La question n’est pas tellement là. Beaucoup de jeunes passent par une phase de chanson en anglais, comme sont passés par là tous les chanteurs français d’une certaine génération. C’est super fastoche. C’est plus haut dans la gorge, la voix sort mieux, c’est épatant et ça épate. Mais sans amertume aucune, et sans que ça me dérange, quand j’entends un français chanter en anglais, ça s’arrête un étage avant. C’est à dire que j’ai l’impression que ce sont des gens qui habitent au sous-sol de l’immeuble et que nous, nous sommes au premier étage. Cet anglais utilisé, ce n’est pas la langue de Shakespeare. C’est du globish. Peut-être que ceux qui font ça ont raison économiquement, artistiquement je ne sais pas ; ça me dérange beaucoup. J’en ai entendu pas mal ces derniers temps ; je suis très gêné. Ils parlent en français entre les chansons et, d’un seul coup, ils attaquent en anglais. Avec leur accent de Besançon, du Jura ou d’Aix-en-Provence. Ceux que ça fait le plus rigoler, ce sont les anglo-saxons. S’ils veulent déclancher la rigolade un soir entre potes, ils mettent le disque d’un français qui chante en anglais : c’est le succès assuré ! Ils se fendent la gueule. Moi aussi, j’ai des chansons en anglais, que je n’ai pas enregistrées. J’ai de quoi faire un disque en anglais, mais ça ne me viendrait jamais à l’idée. C’est du travail non fini, quoi. 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Mardi 13 octobre 2009
Si vous avez raté, samedi 10, l'émission “Spécial Chorus” proposée sur Europe 1 par Thierry Lecamp, voilà un lien qui devrait vous permettre de vous rattraper. Le résultat vaut franchement le coup. Avec son lot d'émotions, évoqué dans un précédent “papier", et de belles surprises, dont l'une avait été gardée secrète: l'intervention de Carla Bruni, qui a tenu à dire la fidèle lectrice de Chorus qu'elle était, le plaisir qu'elle avait à découvrir de nouveaux talents au fil des pages et sa reconnaissance pour la façon dont la revue a toujours traité son travail de chanteuse, sans jamais faire le mix avec son “autre vie”. Un vrai beau compliment. Maintenant que le rideau est tombé, reste à espérer que par la porte ou par la fenêtre, par dessus ou par dessous, Chorus renaisse du coup de Jarnac qui l'a abattu en plein vol. Assez rapidement, si possible, tant qu'il y a des braises. La lutta continua...

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Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Jeudi 8 octobre 2009

 

 Amoureux de la chanson, tous sur le pont. Samedi 10 octobre, de 23 h à 1 h, Thierry Lecamp vous invite à le rejoindre sur Europe 1 pour un “Spécial Chorus” de deux heures.  Chorus, pour les martiens qui l'ignoreraient encore, c'est cette revue de référence, ces “Cahiers de la chanson”, dont je vous ai commenté ici-même la liquidation en juillet dernier. Une disparition comme celle-là ne pouvait pas passer inaperçue. L'animateur de l'émission “On connaît la musique” a fait mieux qu'une nécrologie. Après avoir convaincu sa direction - ce qui n'allait pas de soi -  de lui laisser carte blanche pour un “total hommage” au canard défunt, il a battu le rappel des artistes qui souhaitaient témoigner. Dans les conditions du direct, l'émission a été enregistrée mardi dernier dans le grand studio de la station. Parole de témoin, ce fut épique. Non seulement le “grand studio” s'est très vite rempli d'un public qui n'aurait cédé son strapontin pour rien au monde, mais la foule des copains d'abord a débordé par vagues dans les escaliers et les salons annexes. Tant et tant, les copains, que certains sont probablement repartis un peu/beaucoup meurtris de n'avoir pu chanter, alors qu'ils étaient venus avec leur guitare, leur ukulele and co. Comment faire autrement? Au milieu de ce tsunami, il y avait deux humains terriblement émus; Fred et Mauricette Hidalgo, fondateurs et cœurs battants de Chorus, comme ils l'avaient été de Paroles et Musiques, un mensuel, de référence lui aussi, déjà passé à la trappe pour "totale erreur" d'appréciation du repreneur.



Thomas Fersen, aux côtés de Mauricette et Fred Hidalgo (Photo Francis Vernhet)

Trois heures durant, mardi, le duo a pu mesurer l'importance de l'incroyable travail de terrain qu'il a assumé, pierre à pierre, boosté par la passion, durant plus de trois décennies. Comment ne pas avoir la larme à l'œil quand Goldman sort de sa retraite pour dire toute l'amitié qu'il lui porte; quand Cabrel tient à lui dire son soutien au moment où il s'envole pour Hanoï; quand Souchon,  encore sous le stress du concert qu'il vient de donner à Ris-Orangis, l'appelle pour un salut fraternel; quand Thiéfaine, de son Jura en lisière de forêt, fait un parallèle entre Chorus et les Cahiers du cinéma; quand Aznavour y va de son coup de gueule; quand Guy Béart, le beaucoup trop oublié, émerge de son silence; quand l'immense Allain Leprest, en duo et en “total direct” avec Romain Didier, nous fait chialer avec sa retraite; quand le bouleversant Mano Solo fait manège désenchanté avec ses “Chevaux d'Aubervilliers"... Je vous en passe, et pas des moindres, dont Michel Jonasz, débarqué à l'improviste around midnight. Est-il besoin de vous le répéter? Si vous aimez la chanson et ce qu'elle trimballe depuis la nuit des temps, ne manquez pas le créneau de tir que vous propose ce samedi Thierry Lecamp sur Europe 1. "C'est une chanson qui nous ressemble", fredonnait Yves Montand sur un texte de Jacques Prévert. Yes, man, comme on ne le dit pas in french. 



L'immense Allain Leprest... (Photo Francis Verneht) 

Pour info, voici ce-dessous, le communiqué d'Europe 1. Continuons le combat...


On connaît la musique fait “Chorus”

CHORUS, les cahiers de la chanson, disparaît 17 ans après sa création. Pour rendre hommage au magazine, 
Thierry Lecamp invite une pléiade d’artistes samedi 10 octobre, de 23h00 à 01h00, sur Europe 1, dans l’émission « On connait la musique ».

 

Pour cette émission spéciale, Thierry Lecamp a ouvert en grand les portes du « Studio Merlin » à tous ceux qui souhaitaient saluer ce magazine musical de référence.

 

Durant ces deux heures, les auditeurs pourront entendre des artistes confirmés ou des jeunes talents témoigner de leur lien particulier avec ChorusAutour de Thierry Lecamp et des créateurs, Fred et Mauricette Hidalgo, on retrouvera entre autres : Jean-Jacques Goldman, Charles Aznavour, Michel Jonasz, Francis Cabrel, Alain Chamfort, Alain Souchon, Juliette Gréco, Dominique A, Cali, Nilda Fernandez, Georges Moustaki, Guy Béart, Hubert-Félix Thiéfaine, Clarika, Thomas Fersen, Kent, Ours, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, Mano Solo…..

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Mardi 22 septembre 2009
Dans une précédente chronique, j'avais esquissé un Requiem pour Chorus qui évoquait le stupéfiant passage à la trappe de la revue du même nom, bible trimestrielle de la chanson francophone. Depuis la mise en liquidation, le 22 juillet, l'équipe rédactionnelle, littéralement assommée, ne s'était pas manifestée, attendant de voir comment évoluait la situation. Au moment où le numéro 69 - chiffre érotique, tu parles - aurait dû débarquer dans les kiosques et chez les abonnés, elle a estimé le temps venu de s'exprimer publiquement. Lundi matin, l'AFP diffusait son communiqué où, unanimement (pas un collaborateur ne manque à l'appel) elle dit le choc qu'a été pour elle la "disparition brutale" de son canard de cœur et de tripes. Depuis, la nouvelle s'est enfin répandue comme traînée de poudre dans les médias. Et ça tchatche, et ça cause, et ça s'interroge sur les raisons de la mise à mort du journal, sur la place unique qu'il occupait, bien au-delà de son simple tirage, sur le trou béant que sa suppression entraîne. Le chroniqueur que j'étais, depuis la création de la revue, en 1992, mesure notamment, comme ses collègues, le désarroi qui trotte désormais dans la tête des innombrables "artistes émergents" de la francophonie auxquels Chorus donnait largement la parole, au côté de collègues plus repérés. 
A l'AFP, le Nantais Nicolas Marc, qui avait repris le journal il y a un an, via sa société Millénaire Presse
assure "comprendre et partager la profonde déception des lecteurs et des artistes" et "rend hommage au travail journalistique mené en faveur de la chanson" par les époux Hidalgo et l'équipe de rédaction. Mais il invite ses détracteurs "à ne pas jeter partialement la pierre à un éditeur qui a été le seul à vouloir s'investir dans Chorus", invoquant la crise générale de la presse musicale, la baisse des ventes, l'absence de véritables ressources publicitaires, la défection de subventions. Soit. On pourra toujours discuter de ces raisons, se demander si tout a bien été tenté pour éviter le crash, le fait est là, têtu: Chorus est rayé de la carte. Et c'est une foutue mauvaise nouvelle des étoiles.

Pour info, je vous glisse ci-dessous l'intégralité du communiqué de la rédaction. Et je vous invite vivement à rendre visite au site que celle-ci a ouvert (www.laredactiondechorus.fr). Outre un éditorial commun, on y trouve les papiers qui étaient prêts pour parution, dont un fameux dossier Manu Chao, par Marc Legras. Et puis un index aux milliers d'entrées récapitulant 17 ans  de bonne et belle ouvrage. De quoi filer le bourdon à plus d'un désenchanté.


COMMUNIQUÉ DE LA RÉDACTION DE LA REVUE

CHORUS (LES CAHIERS DE LA CHANSON)

 La Rédaction de Chorus sous le choc de sa disparition brutale

Le numéro d’automne de Chorus, qui devait sortir dans les kiosques le 22 septembre, ne  paraîtra pas. Ainsi en a décidé le gérant de sa société éditrice, Les Éditions du Verbe, qui, après avoir repris celle-ci (dans une situation économique saine) il y a seulement un an, a procédé cet été à son dépôt de bilan. Tous les journalistes de Chorus, responsables de la Rédaction inclus, ont appris avec stupéfaction en l’espace de 48 heures que le prochain numéro auquel ils travaillaient ne sortirait pas et que la société éditrice du titre avait été mise en liquidation judiciaire (le 22 juillet à Nantes, siège de la société Millénaire Presse, copropriétaire avec son gérant, depuis la fin mai 2008, des Éditions du Verbe).

Revue trimestrielle de 196 pages considérée comme la « bible de la chanson franco- phone », Chorus (Les Cahiers de la chanson) avait été créée en 1992 par Fred et Mauricette Hidalgo (déjà fondateurs en 1980 du mensuel Paroles et Musique), qui en étaient toujours rédacteur en chef et secrétaire générale de la rédaction. Le dernier numéro, qui bouclait sa dix-septième année d’existence, aura donc été le n° 68 de l’été 2009 avec Olivia Ruiz à la une, des sujets sur Bashung, Nougaro, Renan Luce, Alexis HK, Maurane, etc.

Extrêmement choqués d’être ainsi placés devant le fait accompli et profondément attristés de la disparition d’un titre aussi emblématique (alors que la cession de la société éditrice avait eu pour seul but d’assurer la pérennité de la revue après une transition de trois ans au moins avec ses fondateurs et son équipe rédactionnelle), les membres de la Rédaction de Chorus ont décidé (par respect envers leur lectorat et les artistes rencontrés) de mettre en ligne dès le 22 septembre une importante partie du numéro d’automne déjà terminée à la date du dépôt de bilan.

On trouvera en outre un éditorial collectif et un index des milliers d’articles consacrés aux innombrables artistes présentés dans la revue depuis 1992 sur le site spécifique www.laredactiondechorus.fr qui permettra aux lecteurs d’être informés de cette disparition aussi soudaine qu’inattendue – et dont les effets risquent de causer un vrai préjudice au monde de la chanson francophone (en particulier aux jeunes talents, dans la découverte desquels Chorus s’était fait une spécialité). Et à défaut désormais de pouvoir joindre la Rédaction par téléphone, fax ou Internet, toutes ses lignes ayant été brutalement coupées début septembre, on peut encore écrire à son adresse postale habituelle : BP 28, 28270 Brézolles.

La Rédaction dans son intégralité :

François Blain (correspondant au Québec), Marie-Agnès Boquien, Jean-Michel Boris (chroniqueur), Michel Bridenne (dessinateur), Thierry Coljon (correspondant en Belgique), Yannick Delneste,
Jean-Claude Demari, Bertrand Dicale, Serge Dillaz, Damien Glez (dessinateur),
Fred Hidalgo (directeur de la rédaction-rédacteur en chef), Mauricette Hidalgo (secrétaire générale de la rédaction), Olivier Horner (correspondant en Suisse), Michel Kemper, Thierry Lecamp,
Marc Legras, Daniel Pantchenko, Jean Théfaine, Stéphanie Thonnet, Michel Trihoreau,
Michel Troadec, Jacques Vassal, Francis Vernhet (photographe) et Albert Weber.
 
 
Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Mardi 8 septembre 2009

Que n'a t-on pas écrit sur Dylan depuis bientôt un demi-siècle qu'il sévit (hé si, faites le compte). Des tonnes de bouquins plus ou moins pertinents, dans un paquet de langues. J'en étais au milieu de Bob Dylan, une biographie (éditions Albin Michel), un pavé de 490 pages et de deux ans d'âge déjà, signé par l'excellent François Bon, lorsque je suis tombé sur Figures de Bob Dylan (éditions Le Mot et le Reste), un essai de Nicolas Rainaud. Un peu plus de 200 pages seulement, une couverture sobre pas spécialement accrocheuse, aucune illustration: un livre qui se mérite, quoi. C'est seulement après l'avoir refermé, lecture accomplie, que j'ai découvert l'âge du capitaine. L'âge de Rainaud, si vous préférez. 26 balais seulement! Naissance en 1983, au moment où Bob, que certains disaient déjà fini, sortait Infidels, un album produit par Mark Knopfler, dont on ne retiendra guère que l'obsédant Jokerman. En clair, le futur exégète avait déjà plus de deux décennies de retard à rattraper sur son sujet! Comment est-il tombé dans la potion magique dylanienne? Comment s'y est-il pris pour explorer tant et tant de matière accumulée? Le jeune homme, il faut le dire, a de la ressource puisque, dixit la quatrième de couverture, il "a collaboré à la revue Esprit, à l'écriture et à la mise en scène d'une pièce de théâtre ainsi qu'à un projet musical intitulé Mercury Sound". Si on ajoute qu'il est également diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques, on comprend mieux qu'il sait manier l'analyse et jongler avec concepts, hypothèses et plans sur la comète. Une fois noté ce qui précède, précipitez-vous sur l'ouvrage de Nicolas Rainaud. Un must d'intelligence qui ne cherche jamais à vous refiler une énième photo “définitive” du sieur Zimmerman, mais à se balader avec fluidité dans la forêt des questionnements. Parfois, on se dit qu'il exagère, que le cheminement labyrinthique qu'il propose est franchement culotté. Et puis, quand on aime Dylan d'une passion inextinguible, on craque et on adhère. "Une seule vie ne peut être suffisante à revêtir autant de facettes. Le visage est marqué. Le figure de Bob Dylan est trop complexe. Tellement loin de vous. Contentez-vous d'apprécier la musique" écrit l'auteur au verso de son livre. Le livre qui manquait, celui qu'on rêverait d'avoir fait. A recommander chaudement aux inconditionnels, car il faut quand même posséder quelques clés du trousseau pour ouvrir la porte qui donne sur "desolation row” et autre “ballad of a thin man”.

 

    

 

Par Jean Théfaine
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Lundi 7 septembre 2009

Pour ceux qui l'ignoreraient, Chorus était, depuis 17 ans, l'indiscutable revue de référence de la chanson en francophonie. Un monument trimestriel de 190 pages attendu comme grand cru à la table d'un gourmet par des milliers d'afficionados français, mais aussi québécois, belges, suisses, et j'en passe un train de marchandises entier. Hé bien cette bible, que Hubert-Félix Thiéfaine avait joliment baptisée "nos Cahiers du Cinéma à nous", n'est plus. Pas possible? Si. L'annonce de sa disparition est tombée autour du 23 juillet, en pleine vacance de tout (médias et lecteurs, notamment). Sur son site Internet, Télérama s'est bien fendu de quelques lignes incomplètes. A Nantes, siège de la société Millénaire Presse qui avait repris Chorus il y a un an, Ouest-France y a bien été d'un petit papier nécrologique. Mais la mauvaise nouvelle ne se répandra vraiment qu'en cette rentrée, au moment surtout où les abonnés découvriront que leur loukoum, leur remonte-moral, est passé clandestinement de vie à trépas. Pour info, Thierry Lecamp (par ailleurs collaborateur du journal depuis quelque temps) a commencé à allumer le feu sur l'antenne d'Europe 1, où il recevait ces jours-ci Amandine Bourgeois et Maurane.

Afin que les choses soient claires, je tiens à préciser que je faisais partie, depuis sa fondation en 1992, du comité de rédaction de la revue, tout en assurant mon boulot de journaliste culturel au quotidien Ouest-France, dont je suis un honorable retraité depuis 2004. C'est dire si j'ai donné moi aussi pour ce canard hors-norme, où je m'étais laissé embarquer par mon pote Marc Robine, parti depuis au "paradis des musiciens" mais tellement présent en ces jours de chien. Que d'aventures passionnées, partagées avec une équipe de "cinglés" comme moi, pour lesquels le mot chanson ne rimait pas seulement avec "petit patapon". Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à feuilleter l'incroyable Index tenu à jour, depuis 17 ans, par Mauricette Hidalgo; des milliers de références et de renvois sur lesquels se jetaient les plus accros des lecteurs et tous les professionnels de la profession, petits ou grands, avant de rencontrer tel ou tel artiste.


En guise de bouquet d'adieu, "Le paradis des musiciens", interprété par Danielle Messia, disparue elle aussi le 13 juin 1985


Or donc, je suis orphelin et très fâché. Et je ne suis pas le seul, loin s'en faut. L'écho de l'escamotage en catimini commençant à se répandre, c'est tel abonné qui m'écrit qu'il est "stupéfait", telle importante structure chanson en région qui m'avoue être "ahurie et catastrophée" tant la mine d'infos qu'était Chorus va lui manquer. Bon, dans l'immédiat, compte tenu de mon (petit) statut de partie prenante dans cette affaire et de ce qui risque de se passer dans les semaines à venir, je vais essayer de rester profil bas. De ne pas concentrer mon tir sur Nicolas Marc, le patron de Millénaire Presse, qui - par quelque bout qu'on regarde la chose - est quand même l'unique responsable de la liquidation intervenue en juillet. Il avait, soutient-il, ses raisons financières, Chorus étant à ses yeux victime de la crise générale et de divers facteurs sur lesquels on reviendra sans doute plus tard. Côté Fred et Mauricette Hidalgo, les fondateurs historiques de Chorus (qui faisait suite, rappelons-le, à Paroles et Musiques, un mensuel formidable que, déjà, Jean-François Kahn fit passer à la trappe en un temps record), c'est évidemment l'effondrement. Eux qui, sur sa bonne mine et ses promesses, avaient confié les clés à Nicolas Marc avec mission de faire perdurer le journal quelques années encore, les voilà abattus en plein vol, comme perdrix de batterie. Incrédules et blessés. Des arguments contre ce qui vient d'arriver, y compris ce qu'ils estiment être des "contre-vérités flagrantes et éhontées", ils en ont un plein camion et sont bien décidés à les faire valoir auprès de qui de droit. En attendant que la justice définisse clairement les torts éventuels des uns et des autres, que leur dire ici de plus que mon amitié fidéle et intacte, mon admiration pour le travail qu'ils ont effectué, mon soutien indéfectible dans les jours sombres qui se profilent. 

 Un malheur ne survenant jamais seul, le "liquidateur" nantais ayant fait couper le téléphone aux Hidalgo, ceux-ci sont momentanément privés d'Internet et le fameux 02 37 43 66 60 ne répond plus. Si vous voulez les contacter, un seul moyen: leur écrire à Fred et Mauricette Hidalgo, BP 28, 28270-Brézolles.

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Vendredi 19 juin 2009

Près d'un mois entre deux posts, ce n'est pas terrible, j'en conviens. Le précédent, c'est vrai, concernait Dylan, mais tout de même. Honte sur moi, donc. Cette fois, ce n'est pas d'un héros médiatique que j'ai envie de vous parler, mais d'un parfait inconnu (de ce côté ci de l'Atlantique, bien sûr); un bonhomme de 67 ans aux cheveux blancs qui, au cœur des sixties et des seventies, fut le compagnon de fortune d'un James Taylor, d'un Jackson Browne, d'un Tom Paxton, d'une Joni Mitchell et autres folkeux mythiques. Un de ses albums, millésimé 1965, fut un temps un de mes disques de chevet. Pour le plaisir, voici d'ailleurs "The cuckoo”, un des temps forts de ce rare vinyle, réédité depuis en CD.



Puis le temps avait fait son œuvre. J'avais totalement perdu de vue Frère Tom Rush, avant de retomber sur lui, il y a un an, au hasard d'Internet. Non seulement le hobo n'avait pas raccroché, mais il quadrillait son Amérique natale, guitare à la main, avec un répertoire folk-rock-country-blues hors d'âge, rond, chaud et ambré comme un Jack Daniels vieilli en fût. Un pur bonheur, à l'heure où le genre, rebaptisé américana après moult greffes et liftings, explore des pistes qu'on n'est pas obligé d'emprunter. Tom Rush, lui, continue à chanter comme il respire, enraciné et aérien à la fois. En témoigne son nouvel opus, "What I know”. Son premier en studio depuis... 35 ans! Si. On ne saura probablement jamais ce qui l'a fait plonger, alors qu'il se contentait jusque là d'exploiter son fonds de commerce. Mais le résultat est là: quinze chansons toutes neuves enregistrées à Nashville. Quinze morceaux limpides, sinuant entre mélancolie, tendresse et humour. Quinze photos un poil sépia, mais tellement justes, tellement bien habillées par une bande d'impeccables “requins” qui devaient déjà jouer cette musique dans le ventre de leur mère. Bonnie Bramlett (décédée à  69 ans, en décembre dernier), Emmylou Harris et Nanci Griffith - des noms qui parlent fort aux amateurs de blues et de country - sont venus prêter main forte à Tom sur trois titres. C'est simplement beau, évident, et ça s'écoute très vite en boucle pour peu qu'on n'ait pas les oreilles ensablées. Miracle: l'album est disponible depuis peu en France, version import, mais on peut aussi le commander, et en écouter des extraits, sur le site du monsieur (www.tomrush.com). Un site particulièrement chaleureux où l'ami Tom se fend régulièrement de billets dans lesquels il raconte sans façon ses joies et ses peines, ses voyages, sa petite famille, les saisons qui vont et qui viennent. Faute d'avoir pu dénicher sur le Net une vidéo récente, je vous propose celle-ci, pas terrible esthétiquement, mais qui vous donnera une idée de l'humanité toute droite que pèse le voyageur.

 

 

 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : Toutes les musiques
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Lundi 25 mai 2009

Il va bien falloir que je plonge. Depuis trois semaines, je tourne autour de cet album comme un papillon de nuit autour d’un réverbère. L’album de qui ? Le dernier Dylan, of course. Dylan, « mon Amérique à moi », comme écrivait Brel à propos de sa Madeleine ; « mon Hymalaya », comme dit Cabrel (tiens, jusque là, je n’avais jamais fait cas de ce “ca” qui les différencie), docteur ès-Zimmerman s’il en est ; ma balise dans la tempête, si je veux faire simple. Depuis que le poison m’a été inoculé, il y a pas mal de décennies de cela, un banal après-midi de “Salut les copains”, je suis en effet – comme un gros paquet d’autres – envoûté par l’alien. Entre coups de cœur bouleversifiants et coups de gueule d’admirateur déçu, je n’ai – parole – jamais décroché de cette drôle de came, dont chaque livraison ravive la flamme. Depuis Love and theft, paru en 2001, on savait que Bobby avait choisi de revenir aux sources de ce qui l’a nourri musicalement, dont le blues en tête de gondole. En 2006, dans Modern times,  la tendance se confirmait plein pot, avec en point d’orgue un Ain’t talkin d’anthologie. Together through life (“Ensemble à travers la vie”, le bougre ose nous faire ce cadeau d’aveu) est le prolongement naturel de ce qui précède. Avec claviers vintage, accordéon arrache-cœur (autant tex-mex que cajun, contrairement à ce qui se répète un peu partout), grilles harmoniques repérées. Et puis, à l’avant du nuage de poussière (référence, je m’excuse, à Bound for glory, le beau film-hommage à Woody Guthrie, que j’ai revu hier soir) l’incroyable voix de Dylan, de plus en plus concassée, de plus en plus dynamitée, de plus en plus éraillée, de plus en plus impossible et de plus en plus bouleversante à la fois. Simplement habitée de mille et un fantômes familiers, comme celles de Woody, justement, de John Lee Hooker, Charley Patton ou Willie Dixon (mort en 1992), que Bob crédite à son côté pour la musique de My wife’s home town. Même si ce n’est pas une première, la nouveauté c’est que notre héraut co-signe la quasi totalité de ses textes avec « un vieux pote », Robert Hunter, le parolier du mythique Grateful Dead. « On a tous les deux la même façon d’écrire », se contente de répondre l’intéressé. Well…


 

Pour la petite histoire, le Dylan nouveau s’est retrouvé… en tête des ventes en Grande-Bretagne à sa sortie. Comme, en son temps, Modern times avait brièvement et discrètement occupé ce rang aux USA. Gaffe à ne pas en tirer de conclusion hâtive : si le téléchargement gratuit du premier titre de Together trough life,  Beyond here lies nothin’, a connu quelque succès, le téléchargement payant du reste semble être un échec patent. A 68 ans depuis hier (24 mai), l’hombre n’excite plus guère la curiosité des jeunes pirates. Un paradoxe de plus quand on compile le nombre ahurissant d’artistes, vieux ou jeunes, qui disent avoir été influencés par lui. C’est vrai qu’il faut beaucoup d’abnégation à ceux qui le découvrent pour entrer en résonance avec cette quasi statue de cire qu’on voit jouer et chanter dans les vidéos de la tournée en cours fleurissant en ce moment sur le Net. Ceux qui, comme moi, ont pratiqué assidûment la bête – un coup en haut, un coup en bas – en ont pris leur parti. S’ils veulent tenter d’apprivoiser l’énigme, en attendant la fulgurance qui justifie tout, les autres devront apprendre la patience.

 

 

 

 

 

 

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