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  • Longtemps journaliste au quotidien Ouest-France. Collabore au magazine Chorus/les Cahiers de la Chanson, et à la revue nantaise Place Publique. Auteur d'une biographie d'Hubert-Félix Thiéfaine (Fayard/Chorus) et d'un livre sur Tri Yann (Tournon).
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 19:15

C’est peu dire que j’admire le groupe quimpérois Red Cardell, son ouverture au monde, ses expériences multiples, la poésie généreuse et orageuse qui habite ses textes, son sens de la scène. Je crois avoir chroniqué à peu près tous ses albums sur les divers supports auxquels j’ai collaboré. Vingt ans après sa formation, le trio est toujours là, et bien là. Pour fêter ce cap symbolique, il achève actuellement l’enregistrement d’un treizième opus. Sans l’accordéoniste Jean-Michel Moal, secoué par des problèmes de santé, mais avec un nouveau larron, violoniste et harmoniciste notamment.

 

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De ce treizième opus, voilà ce que dit Jean-Pierre Riou, le chanteur-guitariste   charismatique de Red Cardell : « Le nouvel album est  en fin d’enregistrement. Nous allons le mixer à New York début février avec Ariel Borujow (Black Eyed Peas, Puff Daddy, Just Blaze, etc...)  au Stadium Red studios d'Harlem. Sa date de sortie est prévue pour le printemps chez Keltia Musique. Le Bagad Kemper est présent sur six titres. Tout le travail mené depuis la rentrée de septembre en sa compagnie nous conduisait naturellement à lui proposer d’intégrer notre nouveau projet. Nous sommes vraiment contents de pouvoir, une fois encore, saisir un instantané de la vie du groupe. Comme pour Naître et notre rencontre avec l’Ukraine et le Théâtre de Cornouaille, comme pour Le Banquet avec tous les invités, la section de cuivres très présente sur disque ou sur scène. Nous insistons sur cette idée de partage de collectif, qui nous semble cohérente dans la démarche de Cardell depuis le départ. Le nouvel album est  “très rock”, “très musique du monde”, “très musique bretonne”, “très punk aussi”, et “très chanson française”… Ouf ! » Pour en avoir écouté deux titres, envoyés par Manu Masko, batteur et maître ès-samples, je peux garantir qu’une fois de plus ça le fait. En technicolor, même.

Histoire de patienter, voici un extrait du spectacle FEST ROCK avec le Bagad Kemper. Perso, jamais vu un bagad et un groupe de rock fusionner de façon aussi inventive, intelligente et explosive.

http://www.antourtan.org/page.asp?page=actualite&statut=2011-12&afficher=videos&id=02

 

 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : Musiques
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 18:09

C’est le 26 septembre qu’est sorti le nouvel album de Jean-Louis Murat (Scarlett Productions/V2 Music/Universal). Un Grand lièvre de remarquable cuvée, comme d’habitude. Comme d’habitude aussi, l’Auvergnat a multiplié les interviews dans nombre de médias de référence, engrangeant au passage trois clés dans Télérama et un 5/6 dans Magic. Et, comme d’habitude encore, il a pris la route avec trois musiciens ((Stéphane Reynaud à la batterie, Fred Jimenez à la basse et Slim Batteux à l’orgue) pour une tournée qui devrait s’étoffer de dates supplémentaires au printemps prochain. Perso, je m’inquiétais jusque-là du silence de l’animal, que j’apprécie depuis… un bail, et avec lequel je partage l’amour d’une certaine musique avec âme et racines. J’ignorais d’ailleurs qu’il avait été opéré de la vésicule biliaire durant l’été 2010 et que ça ne s’était pas très bien passé. C’est de cela et de bien d’autres choses, en laissant paisiblement filer la conversation, qu’on a longuement bavardé par téléphone ces jours derniers. En direct de son nid d’aigle d’Orcival, où il faisait un break en famille, entre deux dates de concerts. Chez moi, en Bretagne, le ciel était plus que maussade. Chez lui, face à la chaîne des Puys qui lui sert de décor journalier, il faisait « super beau. Pas un nuage ». Verbatim, ou presque, d’un entretien fourmillant de propos sensibles.

 

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  Photo Carole Epinette.

L’accident dont tu parles dans Je voudrais me perdre de vue, c’est ton opération de l’été 2010 ?

 

Pas spécialement. Disons que je me suis fait ma dépression annuelle. Mais ça fait longtemps que c’est comme ça (rires).

 

On t’a déjà posé cent fois la question, mais deux ans entre deux albums, c’est inhabituel chez toi. Le cours ordinaire des choses (un album par an, en gros) va t-il reprendre, ou c’est de l’histoire ancienne. Si oui, par choix, ou par obligation ?

 

C’est juste une histoire de maison de disques, tu sais. Depuis des années, elles n’arrêtaient pas de me bassiner : casse-cou, casse-cou. Dans le métier, l’idée c’est de faire un album tous les trois ans. Même tous les deux ans, ça ne suit pas. Si j’avais persisté à vouloir sortir un album par an, je me serais retrouvé sans maison de disques. Tu vois que ce n’est pas de mon fait.

 

Tu vas donc lever le pied ?

 

Pfff, j’aimerais bien trouver une autre façon de travailler. Car je n’arrête jamais d’écrire. Je fonctionne comme ça. Encore hier soir, j’ai écrit une nouvelle chanson dont je suis très content.

 

« Je suis comme un pommier qui fait ses pommes », m’avais-tu dit. J’imagine que, dans tes tiroirs, tu as au moins la matière d’un autre album ?

 

Bien sûr. Mais le contexte est devenu très particulier. Avec Labels et Virgin, j’ai eu la chance qu’ils acceptent un album par an. C’est terminé, ça. Je ne travaille plus du tout avec les mêmes gens et le business a changé. Je ne peux pas me battre contre les moulins à vent.

 

J’ai lu qu’une chanson s’appelait vraiment Grand lièvreet qu’elle a sauté au dernier moment parce que tu avais trop de choses sous le coude. Pourquoi avoir gardé le titre pour l’album ?

 

Je trouvais ça assez joli. Pendant les séances, j’appelais déjà l’album Grand lièvre. Des fois, ça change en cours de route ; des fois, ça ne bouge pas. Ici, c’est resté jusqu’à la fin parce que ça me plaisait.

 

Au premier comme au second degré, ce « Grand lièvre » c’est toi, « Le dernier des Mohicans »…

 

C’est tout à fait ça (rire) !

 

Je titrerais bien cette interview comme ça.

 

Ah oui, très bien ! Clairement, je suis un lecteur de toute cette littérature. Les écrivains de la prairie, comme Fenimore Cooper, j’adore.

 


 

Le premier poème que tu as appris par cœur, c’est vraiment Les petits lapins d’Emile Verhaeren ?

 

C’est vrai. Je m’en souviens très/très bien. Ça a été comme un déclic de vocation. J’étais petit. Je devais être en troisième année de maternelle. La poésie, je ne savais pas ce que c’était, je n’en avais jamais lu. Un jour, la maîtresse a écrit au tableau le poème de Verhaeren. J’étais absolument émerveillé. Je me suis dit à ce moment-là : “ouah, c’est ça que je voudrais faire quand je serai grand”.

 

Tu as plutôt bien suivi la piste.

 

(Rires) Oui, maintenant que j’y repense. Des fois, ce sont des petites choses comme ça qui font bouger les lignes.

 

Grand lièvre n’est pas spécialement dans la continuité du Cours ordinaire des choses. Musicalement, on est même sur une autre de tes nombreuses planètes. A quel moment cette voie-là s’est-elle imposée ? Et pourquoi ? Besoin de te ressourcer au cœur de tes grands espaces à toi, après la déception (je parle en terme d’accueil public) de ta cavalcade dans les grands espaces américains ?

 

J’avais à la fois très envie et très peur de retourner à Nashville. Enfin, peur, j’avais tellement d’appréhension que j’anticipais l’accueil des musiciens, pour que ce soit supportable. C’est vrai que si j’étais retourné là-bas, c’est pas avec Le chanteur espagnol ou des chansons de ce genre. Ça n’aurait pas du tout marché. Avec Grand lièvre, j’ai fait des choses beaucoup plus dans ma nature.

 

Tu n’exclus donc pas un nouveau voyage à Nashville si l’occasion se présente ?

 

J’aimerais bien y retourner, c’est sûr. Je garde un super souvenir du studio où j’ai enregistré, du patron qui m’avait prêté sa guitare. J’étais comme un poisson dans l’eau.

 

Pourquoi as-tu choisi la guitare douze cordes sur cet album, au détriment, ou presque, de la guitare électrique dont tu joues pourtant plus que bien ? A un journaliste des Inrocks, tu as carrément dit que « La guitare électrique, c'est un instrument de droite. La douze cordes, ça laisse plus de place, ce serait plus à gauche ». Voilà qui demande explication.

 

(Grand rire) J’ai dit ça pour rigoler ! Mais on ne peut pas rigoler avec les journalistes ! Pourquoi j’ai choisi la douze cordes ? Pour des raisons assez pragmatiques. Souvent, en studio, c’est cette guitare que je prenais pour faire découvrir mes chansons aux musiciens, qui trouvaient son acoustique beaucoup plus sonore que celle d’une six cordes. J’ai donc pris l’habitude de me servir de la douze et j’ai commencé à enregistrer avec. Au bout de deux ou trois chansons, j’ai eu envie de continuer. Et j’ai tout fait à la douze, sauf sur un titre ou deux où j’ai pris la six. La douze, en fait, au départ, c’est une histoire de commodité pour communiquer avec les musiciens. J’arrivais en face d’eux et je leur chantais mes trucs en m’accompagnant de cette douze qui est très musicale et qui envoie beaucoup de son. C’est une Takamine de première génération que j’ai ramenée de Tucson, lorsque j’ai travaillé là-bas avec les Calexico. C’est John qui l’a choisie pour moi.

 

Quand on regarde ceux et celles avec lesquels tu as travaillé, on prend conscience que tu as un fameux carnets de contacts.

 

(Rire) Normal. Avec les années, je rencontre des gens !

 

L’organiste Slim Batteux a enregistré l’album avec toi et t’accompagne en tournée. Dans l’intro de Haut Arverne, j’ai cru entendre fugitivement sous ses doigts le fantôme sonore de A whiter shade of pale de Procol Harum. Mais c’est peut-être juste l’effet orgue Hammond…

 

C’est l’effet orgue Hammond, bien sûr. Mais, souvent, j’ai parlé aux musiciens de Procol Harum. Même en voiture, des fois, je me passe des disques de ce groupe. Il y a quelques jours, par exemple, je me suis mis Conquistador. J’ai toujours beaucoup aimé Procol Harum. Ce n’est pas qu’il soit sous-estimé, mais il est un peu oublié aujourd’hui. Pourtant, à la réécoute je trouve que ça n’a pas pris une ride ; au contraire, ça s’est beaucoup bonifié. Ça fait partie de mes références, tu tombes très/très bien, Jean.

 

Il y a beaucoup de chœurs amples et aériens dans ton album. Comment est née cette idée ?

 

Je crois que c’est en écoutant les prises avec la douze cordes. Je trouvais ça assez américain, et j’ai voulu traiter les chœurs un peu comme dans la variété de là-bas, celle des années 60/70, où les chœurs sont très forts. Aymeric, qui produit l’album, n’était pas d’accord au départ et m’a répété : “c’est trop fort, c’est trop fort”. Jusqu’au moment où je me suis carrément fâché avec lui. J’ai dit : “j’en ai marre d’avoir des chœurs toujours un peu noyés. Je veux qu’ils participent, qu’ils soient moteurs”. Donc, on a conçu les chœurs comme je les aime beaucoup chez Crazy Horse, ou Crosby. Avec mes musiciens, on a fait ça pendant un week-end. On a fait la java pendant deux jours, puis on a enregistré autour d’un micro unique. Direct, sans reprendre les choses ; à l’ancienne, quoi.

 

Grand lièvre a été mis en boîte aux studios La Fabrique, à Saint-Rémy-de-Provence. Le bâtiment abrite, paraît-il, une collection de 200 000 vinyles de musique classique.

 

Oui, c’est la collection d’Armand Panigel, qui travaillait à France-Musique et qui avait la manie de la collection. Pendant cinquante ans, il a amassé des vinyles du monde entier. C’est Pierre Bergé qui a racheté le fonds, désormais réservé aux musicologues, et qui le gère. C’est entreposé sur plusieurs niveaux. Le lieu est absolument fascinant.

 

A quelqu’un qui t’interrogeait là-dessus, tu as répondu : "On a enregistré au milieu de tout ça. J'étais dans le coin Ravel et Tchaïkovski, c'était fantastique." Avoir autour de soi  autant de vinyles, ça fait quoi ? Ça pèse dans la tête ? Ça induit presque des choix esthétiques ?

 

Inconsciemment, je pense que oui. Ça oblige à une certaine tenue. On était beaucoup plus dans la musicalité que si on avait enregistré dans un endroit high tech ou assez impersonnel. Le cadre a joué beaucoup dans ce sens-là. Dès que tu ouvres les yeux, tu ne vois que des vinyles. Tu ne perds jamais de vue que tu fais de la musique et que c’est l’émotion qui compte. On n’était pas dans la fabrication, ou je ne sais quoi ; on était vraiment dans la musique.

 

 

Photo Frank Loriou

 

Quand on connaît ton travail, pas besoin d’être grand clerc pour ressentir la mélancolie crépusculaire et ce sens de la perte douloureusement crèvecœur qui habite nombre des chansons de ton album. Ce n’est pas nouveau chez toi, mais ça n’a jamais, à mon sens, été aussi prégnant. C’est aussi ton sentiment ?

 

(Long silence et soupir) Quand je chante ces chansons sur scène, j’ai l’impression que c’est beaucoup mieux tenu en matière de textes. Je vois les choses beaucoup plus franchement. Ça doit tenir aussi à l’âge, à tous les problèmes que j’ai connus : familiaux, décès, hospitalisation. La sensation de vivre devient plus efficace et plus visible parce qu’on voit bien comment les choses se défont, comment disparaissent les sentiments, les êtres, les souvenirs, tout ça. (Silence) Des fois, il m’arrive de dire à la maison : “maintenant, je ne voudrais plus vraiment faire des disques, mais simplement enregistrer des samples, des passages ; ce qui me semble essentiel, quoi”.

 

Explication…

 

(Silence) Je ne sais pas, ça se mélange un peu. Pas facile à expliquer. Prends le titre Haut Arverne, par exemple. Quand je le chante sur scène, avec ces rêves d’hiver à l’harmonium, je le ressens particulièrement fort à chaque fois. (Il fredonne) « Les malheurs couvés par le vent ». Ici où je vis, il y a toujours du vent. C’est comme si, petit à petit, l’âge aidant, on pressentait que le vent peut être une couveuse de malheurs ; beaucoup plus dense. Le souffle de l’air devient moins innocent qu’il l’était avant.

 

Est-ce que c’est pour ça que ta carte du Tendre, si je peux l’appeler comme ça, si présente dans tous tes albums, me semble nettement moins en avant que d’habitude sur cet album ?

 

Je fais de plus en plus des disques de papa, si tu veux. Papa d’une fille, en plus. Elle et son frère me posent des questions, me demandent : “qu’est-ce que ça veut dire, ça ?”. Donc, pour eux, j’aborde moins frontalement un certain nombre de thèmes amoureux que j’ai beaucoup explorés. Dans le même ordre d’idée, j’ai longtemps fait beaucoup de peintures sexuelles. Maintenant, les enfants peuvent rentrer à n’importe quel moment dans mon atelier quand je travaille. J’ai acquis une sorte de pudeur, quoi.

 

L’âge de tes enfants ?

 

Justine à 7 ans et Gaspard 4 ans. C’est vrai que le rôle de papa rend un peu pudique. Mon côté aspic disparaît.

 

A un journaliste de La Libre Belgique qui te demandait si ton nouvel album n’est pas « l’adieu à un certain monde », tu as répondu « oui ». De quel monde parles-tu ? De celui qui craque un peu partout sous nos yeux ? De celui, plus personnel, d’avant ta dépression et ton opération de la vésicule biliaire ? En clair, fais-tu allusion au temps qui passe inexorablement, au deuil d’une  certaine insouciance, au démaillage irrépressible d’un “paysage” qui t’est cher (je pense à Vendre les prés), à la non-concrétisation d’une partie de tes rêves ? Explication, si tu veux bien.

 

(Silence) Je crois que c’est plutôt une sorte de désenchantement. Je n’aurais jamais pensé que la chanson puisse perdre la main. J’ai l’impression qu’on est dans un monde - j’ai beaucoup de mal à comprendre - où la chanson n’a plus son rôle à jouer. Je pense que tu pourrais dire la même chose que moi : on est d’une génération où on pensait que la chanson pouvait réparer les âmes, réparer le cœur, réparer la vie quoi, presque réparer le destin ; une espèce de résilience par le chant ; j’ai la sensation que, maintenant, tout se mélange… Il faudrait être sociologue, tu vois, mais c’est comme s’il n’était plus possible d’enchanter les choses, de les chanter, de les enchanter, de les transformer en quelque chose d’autre. Je suis un peu stupéfait de voir ce processus-là se dérouler. Une certaine façon d’être en chantant, en aimant la chanson, en aimant la musique, qui nous rendrait un peu has been, un petit peu décalés. Moi, si ça ne va pas, je peux m’enfermer une heure à écouter les Stones ou je ne sais quoi, et je sors requinqué. Cette fonction-là n’existe plus. Comme si la musique qu’on aime était devenu un bruit de fond et que ce bruit de fond n’avait plus aucune incidence, aucune influence sur les âmes ; que notre amour du chant et de la chanson fait de nous des hommes un peu perdus, un peu dépassés par une sorte d’inhumanité qui ne sait plus enchanter les choses. D’où ce désenchantement à vouloir enchanter les choses. C’est comme si les gens étaient suffisamment bons chanteurs eux-mêmes et n’avaient plus besoin des chansons pour enchanter leur journée.

 

C’est vrai que l’instantanéité d’aujourd’hui, générée par Internet, a largement perverti les notions de désir, d’attente… Regarde le nombre de titres disponibles immédiatement et gratuitement, sur des sites de streaming comme Deezer ou Sopitfy : des millions. C’est magique et fou à la fois.

 

D’accord avec toi, hélas. Ce qui est dommage, je pense, c’est que ça va mettre deux ou trois générations à se rééquilibrer. Nous ne serons plus là pour voir ce renouveau. On vit vraiment la période la pire qu’on puisse connaître pour cet art populaire qu’on aime tous les deux. C’est 1939 dans la chanson. C’est ça qui me mine plus que tout le reste, je crois. L’idée que je mets le meilleur de mon énergie, de ma foi, de ma détermination, dans quelque chose qui, finalement, est peut-être bien caduc.

 

Caduc, je ne pense pas. Je crois très fort au balancier : ça s’en va et ça revient…

 

Tu crois ?

 

Ça ne reviendra pas sous la même forme, forcément. Mais quand je vois et j’écoute ce qui continue à germiner et proliférer derrière le rideau médiatique, le plus souvent en autoproduction, sans distribution ou presque, j’ai la sensation que rien, jamais, ne pourra étouffer ça. Parce que c’est un besoin essentiel.

 

Bien sûr, moi aussi je reçois beaucoup d’albums autoproduits, mais personne ne les écoute. Pour finir là-dessus, je me dis de plus en plus que si je continue à enregistrer des disques, ils doivent témoigner de ce désenchantement et de ce désarroi. S’ils ne témoignent pas de ça, ils ne sont pas vivants, quoi.

 

Deux de tes chansons, Sans pitié pour le cheval et Rémi est mort ainsi, font référence aux dernières guerres mondiales. La mort, là encore. Pourquoi ?

 

Je n’ai pas d’autres explications que ça : je crois que j’ai d’assez bonnes antennes pour sentir le vent. Or, je sens venir des temps de guerre. Je le ferai de plus en plus : c’est comme s’il fallait se préparer à des guerres, voilà. Je ne peux pas en dire plus ou moins, c’est mon instinct qui me dit ça. Comme si la chanson pouvait porter ça aussi. C’est à dire que 14-18 et 39-45, ça reste toujours pour moi des énigmes. Je sais que ça a affecté beaucoup ma famille. Tu sais que mon nom d’état-civil, le Jean-Louis Bergheaud d’origine, est mort en 1918. Mon homonyme a fait 14-18. Beaucoup de gens de ma famille ont été dans la Résistance, aussi.

 

Et Rémi, de Rémi est mort ?

 

C’est juste en référence à Colette et Rémi, parce que j’ai appris à lire et écrire avec cette méthode de lecture. Mes enfants n’apprennent pas du tout de la même façon. En tous cas, ce n’est plus Colette et Rémi !

 

J’adore ta chanson « Je voudrais me perdre de vue/me décaler d’un demi-ton/ouvrir mes tubes de couleur/comme avant-avant l’accident ». Comment est né cet autoportrait ?

 

Ça, ce sont des sensations qui viennent du plus profond de ma dépression. Cette chanson a été écrite dans ce contexte-là. On est dans un certain état et il y a un élément déclenchant. Là, cet élément c’est le fait que j’ai été mal soigné, en tous cas pas avec le traitement approprié. Je suis rentré chez moi beaucoup trop vite et j’ai bien cru y rester. J’ai cru devenir dingue. C’est sûrement ça que j’ai vécu comme un accident, quoi.

 

Pour le goût de la madeleine. 1991, le col de la Croix-Morand”

 

Scéniquement, comment ça se passe sur cette tournée-ci, avec  Stéphane Reynaud (batterie), Fred Jimenez (basse) et Slim Batteux (orgue) ?

 

Très bien. C’est très tonique, ça sonne groupe, comme j’aime. Tout le monde est très Bill Withers, Creedence, nos groupes de légende. On parle d’Al Green et d’autres, et on essaie de le faire comme eux. Avec ma guitare, j’amène là-dedans un côté un peu plus psychédélique, un grain de folie.

 

Je me souviens de ton enthousiasme au retour de Nashville, pour Le cours ordinaire des choses. « Tu verras, c’est mon plus bel album », m’avais-tu dit. J’ai effectivement adoré, mais une partie de ton public n’a visiblement pas suivi, à la hauteur que tu attendais, en terme de ventes. Tu as des éléments de réponse, ou te ne comprends pas ?

 

Sincèrement, ça reste assez incompréhensible pour moi. Je ne sais pas. Je ne peux pas dire que l’accueil commercial soit formidable sur le nouvel album non plus. Je reste un éternel outsider. Le succès me fuit. Peut-être que je me débrouille aussi pour ne pas en avoir assez. Ecoute, vaille que vaille, comme il y aura toujours un label ou une maison de disques qui me permettra d’enregistrer, je ne cherche pas non plus le succès à tout va. C’est la réalité. Je suis comme je suis. Enfin, tu me connais bien maintenant. J’essaie de rester comme je suis, de faire les choses comme je les aime. Ça me plait bien. Pour le reste, tant pis.

 

Est-ce que tu es toujours habité par ce que tu appelles tes “saintes colères” ? Tes cibles ont changé ou ce sont les mêmes ?

 

Tu sais comme je suis, assez soupe au lait. Quand on me cherche, on me trouve. Ce n’est certainement pas ce qu’il y a de mieux dans ma personnalité, mais c’est comme ça. C’est mon côté “bourboulien”, que je déplore des fois. Mes enfants sont comme ça aussi, figure-toi : quand on les cherche, on les trouve.

 

J’ai lu que tu vas écrire un titre pour Indochine. Apparemment, tu aimes plutôt bien Nicola Sirkis…

 

Je l’aime beaucoup, oui. Je lui ai déjà envoyé plusieurs chansons. J’ai bien peur que dans cent ans, quand on fera le point sur ce qu’on peut appeler le rock français, sans porter de jugement de valeur, je pense que Nicola sera celui qui aura traversé le plus de périodes, qui aura tenu la barre le plus longtemps et le mieux possible. Je suis très fasciné par l’endurance et la détermination. Son endurance et sa détermination à lui font qu’Indochine est sûrement l’exemple le plus remarquable dans ce qu’on peut appeler le rock français.

 

Ecris-tu pour d’autres en ce moment ? Tu as des propositions ?

 

Ecoute, comme je suis un peu sur la paille, dès qu’on me demande une chanson je l’écris ! En ce moment, il n’y a rien de précis. J’attends que ça vienne. Comme j’aime beaucoup Patricia Kaas et que je la suis depuis très longtemps, j’aimerais écrire des chansons pour elle, mais je ne sais pas si ça va lui plaire.

 

Tu lis quoi et tu écoutes quoi en ce moment ?

 

Là, je lis un livre d’aphorismes – c’est d’ailleurs son titre - d’un auteur autrichien qui s’appelle Karl Kraus. Sinon, j’écoute une compilation de Sam and Dave.

 

Tu sais que je les vus à Paris, au Pavillon Gabriel, il y a une éternité ? A l’époque, je n’avais pas mesuré ma chance.

 

Veinard !

 

C’est ce qu’on peut appeler, si on peut dire, le “privilège” de l’âge.

 

Hé oui, on a vu des choses que les autres n’ont pas vu. Moi j’ai vu les Doors avec Jim Morrison. Ceci dit, j’ai loupé Led Zep pour une connerie.

 

Pour conclure, une citation. « S'il faut un jour se plonger dans l'historique foisonnement des articles et des flots de paroles de Jean-Louis Bergheaud pour en tirer une infime vérité, il faudra sans doute jouer de l'"alt+suppr" sans grand discernement... et filer direct vers les articles signés B. » Bayon, bien sûr. Que penses-tu d’une phrase comme celle-là, parue dans le Libé du 23 septembre ?

 

Je n’avais pas lu ça. Je ne sais pas qu’en penser. Il faudrait lui demander, à Bayon. Ça vaudrait le coup ! S’il te répond, tu me fais suivre ?

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 14:47

Samedi matin encore, j’ignorais l’existence de Josh T. Pearson. Samedi soir, à minuit, lorsqu’il a quitté la petite scène de la chapelle du Conservatoire de Rennes, j’étais sidéré de n’avoir jamais rien su de ce mince échalas texan à la longue barbe et au regard clair qui venait de nous clouer au ciel. Pour tout dire, moi qui ai pourtant pas mal de kilomètres au compteur et une belle moisson d’émotions musicales en tête, je suis resté scotché à cette petite heure d’écoute, de la même façon et avec la même force que j’avais été “submergé” par la découverte de Jeff Buckley, dans un club de Londres, Le Garage, sur Highbury Corner, un 1er septembre 1994. Jeff venait de sortir son album Grace et entamait sa conquête de l’Europe. Il avait son groupe derrière lui, à la différence de Josh T. Pearson, qui se promène seul avec sa gratte, mais ce qui irradiait de l’un comme ce qui irradie de l’autre est du même ordre. On peut appeler ça du charisme : c’est encore très insuffisant pour décrire ce qui distingue fondamentalement des artistes comme ceux-là de leurs confrères : l’évidence qu’ils sont habités par quelque chose d’autre, un souffle, une flamme, une profondeur, une vision, une charge poétique et magnétique irréductibles à toute explication strictement technique.

Celui qui m’a mis samedi sur la piste de Pearson l’avait entendu en concert, il y a une dizaine d’années, dans une salle parisienne où il se produisait avec un trio, Lift to Experience, qui laissa derrière lui un unique et mythique double album-brûlot, The Texas-Jerusalem crossroads, hanté par le Jugement Dernier. Depuis, Josh le frère-prêcheur, lui-même fils de pasteur, avait fait retraite, vécu mille petits boulots et traversé de douloureux moments dans sa petite ville d’ancrage, écrasée de soleil. Il avait bien quitté parfois Austin et le Texas ; pour Berlin, par exemple et, aujourd’hui, pour Paris, où il s’est posé avant de reprendre probablement son bâton de pèlerin. Mais il n’avait jamais vraiment envisagé d’enregistrer un album solo. Voilà qui est fait, avec Last of the country gentlemen ; sept titres, dont quatre qui durent plus de dix minutes. Des joyaux crépusculaires, mis en boîte en deux nuits dans un studio de Berlin, dont la sincérité autobiographique, le désespoir angoissé dont ils sont marqués, la spiritualité lyrique qui les porte, la puissance tellurique et en apesanteur à la fois de leur interprétation, sont à serrer le cœur.

 

 

Sur l’album, des cordes élargissent l’espace autour des complaintes et habillent celles-ci d’une vêture quasi mystique. En scène, c’est dans le dépouillement que ces chansons hors-normes prennent toute leur dimension : une guitare, une voix, une attitude, une concentration, un regard, un soupir puis un élan, un grondement comme un bouquet d’éclairs dans l’orage puis un arpège apaisé avant le retour du feu. L’exceptionnel, chez Josh T. Pearson, c’est cette fusion qui s’opère naturellement, magiquement, entre son chant/prière et le tapis sonore qu’il tisse autour de celui-ci avec sa guitare acoustique branchée sur une boîte à effets, dont naissent à volonté tempêtes et marée basse, nuées en cavalcades et cheminement méditatif. A défaut, ou en attendant, de pouvoir partager en direct l’intensité de cette communion-là, écoutez et réécoutez l’album du Texan : c’est l’un des plus beaux, des plus pleins, des plus  justes, des plus indispensables qui nous aient été offerts depuis un bail.  Fascinant.

 

Pour info, et avant de parcourir le reste de l’Europe, Josh T. Pearson est en concert ce dimanche soir, 19 h, à Toulouse (La Dynamo), demain lundi 18, 19 h, à Lyon (Grnnd Zero), mardi 19 , 19 h, à Colmar (Le Colisée) et mercredi 20, à Tourcoing (L’Hospice d’Havré/Maison Folie). Son album, Last of the country gentlemen, vient de sortir chez Mute Records.

Par Jean Théfaine - Publié dans : Musiques - Communauté : Toutes les musiques
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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 17:04

Il était né à Austin, Texas, en 1948. Il s’y est éteint dimanche 3 avril, à 62 ans, emporté par une merde de cancer, bouclant in utero la boucle d’une vie en montagnes russes. Pour les galères, dont il a eu sa dose, voir sa bio sur Wikipédia. La chance qui passe a le visage du Français Patrick Mahé, qui le croise à Austin en 1989 (Calvin a alors 41 balais !) dans une soirée privée et l’embarque sur le label New Rose, où il sort en 1990 un premier album remarqué, A crack in time. 15 titres juicy à souhait. Mais c’est en mai 1991, avec la sortie de son deuxième opus, Sounds from the fourth world, que le Texan explose litéralement… en France (car il restera quasiment inconnu aux USA). Le booster, c’est Crossroads, un chef d’œuvre de ballade devenu un classique. Le 29 novembre 1991, Calvin se produit pour la première fois à Paris, au Bataclan, en lever de rideau de Bill Deraime. Ce qu’il faut savoir, c’est que quatre jours auparavant, un plein wagon de privilégiés l’avaient entendu dans une salle nantaise. Convaincu par un disquaire de ses amis, et découvreur de talents infatigable, Jean Brizais, le programmateur de La Bouche d’Air, n’avait pas hésité une seconde à prendre le risque de l’épingler à son tableau. Ceci malgré la désertion de ses collègues du circuit national qui n’y croyaient pas. Fidèle à ses coups de cœur, Jean Brizais programmera à nouveau chez lui l’ami Calvin le 27 octobre 1999 et le 7 février 2002.

 

 



Parce que je trouve que ce papier de 20 ans d’âge (non ? si !) n’a pas tellement vieilli, je vous propose ci-dessous, strictement à l’identique, ce qui parut sous ma signature dans les colonnes d’Ouest-France, à Nantes, le 28 novembre 1991. J’y étais, hé oui. Et je persiste et signe : c’était grand. Salut au disparu, dont je recommande l’écoute, parce qu’au final, c’est quand même à peu près ce qu’il a fait de mieux, de l’album évoqué plus haut, Sounds from the fourth world. A défaut, la compil’ 1997, This is my life, qui contient Crossroads, n’est pas mal non plus.

…………………

 

Calvin-Russell-003.jpg« Lundi, salle Paul-Fort, où l’accueillait La Bouche d’Air, l’Américain Calvin Russell a fait salle comble. Et un tabac, nourri de plusieurs rappels ravageurs. Avec, en prime, une fois les lumières rallumées, l’image insolite du lonesome cowboy, accroupi à l’avant-scène, signant paisiblement des autographes pour un paquet de fans aux anges !

On se doutait bien qu’après Crossroads, la ballade-tube de Sounds from the fourth world, il y aurait du monde au portillon pour découvrir ce qu’a vraiment dans le ventre ce bougre de routard au visage ravagé, découvert par New Rose déut 1990, lors d’une garden-party à Austin. Vérification faite, c’est encore mieux que ce qu’on pensait. Tout môme, Calvin Russell a dû tomber dans la marmite du blues, du rock et de la country. Les kilomètres qu’il a aujourd’hui au compteur n’ont fait que bonifier le cocktail.

L’artiste a déjà sa légende. On raconte notamment qu’il a plusieurs fois fait de la prison, où il aurait découvert Kérouac et Dylan Thomas. Sous les projecteurs, le monsieur, en tous cas, n’est que gentillesse et authenticité. Mince silhouette chapeautée en jeans et boots, au milieu d’un trio de tireurs d’élite, aussi complices que compétents. A l’exemple de Gary Craft, guitar-hero déclinant avec une précision et une âme confondantes toute la musique qu’on aime, de ZZ Top à Jimi Hendrix, en passant par Hank Williams et John Hiatt.

Le Russel Band ne navigue pas dans les eaux de la mode chichiteuse. Généreux et flamboyant, il parle de ce qu’il connaît le mieux : ses racines texanes, le sud profond, l’appel de la route et la fascination de la frontière. Avec, en tête de train, la voix fuel injector de Calvin, voilée sans être démolie, fatiguée et blessée sans être résignée. Une voix entre poussière et bourbon, racontant des histoires simples d’amour et de solitude.

Pas besoin de disserter sur le rock quand on a entendu ça : le socle est là, à la croisée de tous les vents mais balise incontournable. Le public a apprécié cette leçon de maintien certifiée platine. Il ne l’avait pas volé : pour une question de balance en retard et de baguettes égarées ( ???) par le batteur, il avait été contraint de patienter trois quarts d’heure dans la rue. »

(Jean Théfaine/Ouest-France Nantes, 28/11/1991).

 

La photo ci-dessous a été prise en août 2010, sur le territoire de Clarksdale, Mississippi, au carrefour où le mythique bluesman Robert Johnson est censé avoir vendu son âme au diable. Crossroads for ever... 

 

Crossroads.jpg

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : Musiques
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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 15:26

Remond.jpegC’est fin 2004 qu’était paru, d’abord aux USA, puis dans le reste du monde, le premier volume des mémoires de Bob Dylan, supposées en compter trois. La manière, le ton et le contenu  du tome 1 de ces Chroniques avaient bluffé plus d’un pisteur en quête de poteaux indicateurs dans les territoires intérieurs de l’Enigme. La qualité de l’écriture, la force poétique, l’ironie et l’art d’égarer son monde irradiant de cet ovni littéraire l’avaient largement emporté sur la frustration dans la confrérie des admirateurs mais, franchement, peu de croyants imaginaient une suite. A l’heure où un deuxième volume est pourtant annoncé (on peut même poser une “alerte” sur les sites de vente en ligne), c’est à nouveau le branlebas de combat au sein de ladite confrérie. Que nous réserve l’alien, en ces temps de Hard rain’s a-gonna fall, de Masters of war, de Thunder on the mountain, de Shelter from the storm ?

Qu’on soit clair : ceux qui n’ont jamais supporté Dylan, ou qui sont restés scotchés à la (faste) période folk de ses débuts, peuvent tout de suite passer leur chemin, car ils n’ont pas eu la “révélation” et c’est tant pis pour eux. Même si, de temps à autre, quand le Bobby pousse trop loin le bouchon, on se dit que c’est peut-être tant mieux pour eux. Pour s’en convaincre, et plonger encore plus en avant dans le magma, il faut absolument lire la profession de foi dans le charbonnier que vient de publier Alain Rémond chez JBZ et Cie, sous le titre Et puis un jour j’ai entendu Bob Dylan.

Pour ceux qui l’ignoreraient – ça doit forcément exister – Alain Rémond, 64 ans d’âge, Manchot (La Manche) d’extraction, fut longtemps éminent critique de cinéma à Télérama, avant de sévir désormais dans les colonnes de Marianne et de La Croix. Une plume, dont j’ignorais personnellement qu’il lui arrivait d’être hantée, squattée, fagocitée, par le fantôme de Zimmerman. Comme moi, comme un paquet de frappadingues en lévitation dès que se profile l’ombre portée du maestro. C’est dire si je me suis retrouvé dans les 200 pages d’un bouquin à l’image d’une théorie de pélerins fascinés, déroutés, perplexes, étrangement accrocs, qui devraient me remercier, une fois l'ouvrage terminé, de leur avoir indiqué le gisement. Pas question de vous en dire plus sur le pourquoi du comment : si Dylan fait véritablement partie de votre panthéon, de votre génome, vous devez lire Alain Rémond. Hugh…

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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 10:07

Son douzième album studio, Des roses et des orties, était sorti en 2008. Comme à chaque fois, ou presque, Francis Cabrel avait laissé entendre que ça pourrait bien être le dernier, qu’il se donnait le temps de réfléchir, qu’il verrait bien si l’envie lui revenait… Visiblement, le gentleman d’Astaffort cultive à nouveau son jardin. Samedi dernier, en terre nantaise, où il était venu soutenir les finalistes de sa Fondation, Voix du Sud, il m’a dit le plus simplement du monde : « Je ne prends pas ma retraite. Tous les jours, j’écris des chansons ; ou plutôt, j’essaie d’en écrire. Je me tiens à cette discipline quotidienne. On peut donc penser à un  nouvel album. Pas rapidement, mais en 2012, à mon avis. Je ne suis pas pressé. »

On n’en saura pas plus sur le projet et la forme qu’il prendra, mais, sauf accident, notre homme pense tranquillement à son retour. En attendant, il s’est mis au service de Mute, l’enfant-porte, une comédie musicale pour enfants sur l’illettrisme, née durant les ateliers d’écriture d’Astaffort et inspirée par le conteur Yannick Jaulin. Producteur de l’aventure, Francis se contente d’accompagner, de la guitare et de la voix, ce spectacle déjà présenté une dizaine de fois et qu’on pourra encore voir sur une quinzaine de dates jusqu’à fin 2011. « Ça se passe super bien, les gosses sont contents », se réjouit Cabrel, dont le sourire témoigne de sa bonne humeur actuelle.

 

DSCF4919.JPG

 

Dans les locaux de l'entreprise Algam, Francis Cabrel en compagnie de Sam et Claire Denamur, les deux vainqueurs des Rencontres d'Astaffort 2010.

 

A part ça, l’homme-qui-avait-peur-de-l’avion semble avoir vaincu son appréhension. Il reconnaît même avoir pas mal bourlingué à travers le monde ces deux dernières années, notamment au Vietnam où il a donné plusieurs concerts fin 2009. L’Amérique Latine (souvenez-vous de Vengo a Ofrecer Mi Corazon,son formidable duo avec l’Argentine Mercedes Sosa), et, très probablement, l’Espagne sont également dans ses “cartons” mais, insiste l’hombre, « il faut vraiment que je me concentre sur l’écriture de nouvelles chansons, que j’essaie maintenant de ne pas trop m’éparpiller. »

A l’heure où paraîtront ces lignes, Cabrel aura probablement regagné son village d’ancrage. Satisfait, sûrement, d’avoir, une fois encore, mené à bon terme  la nouvelle édition des Rencontres d’Astaffort, un Centre des écritures de la chanson, né de la création de l’association Voix du Sud, qu’il initia en 1994 et dont il est toujours vice-président. Cette année, les finalistes s’appellent Sam (de Clermont-Ferrand) et Claire Denamur (de Paris). A Nantes, ils se sont produits devant le public de La Bouche d’Air, une très belle salle dédiée. La Fondation La Poste, qui soutient les Rencontres depuis 2006, leur a remis à chacun un chèque de 3000 euros. Et, last but not least, ils ont reçu des mains mêmes du luthier qui les conçoit, deux guitares acoustiques Lâg, des bijoux distribués par l’entreprise Algam, dont les ultra-modernes locaux de Thouaré-sur-Loire ne finissent plus de grandir. Pour les avoir visités dans le sillage de Francis Cabrel, je peux témoigner : la caverne d’Ali-Baba doit ressembler à ça…

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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 17:05

MALICORNE, “Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle”. Fin 1973, dans le Pop Club de José Artur, sur France-Inter, j’essaie de repérer soir après soir de qui est ce disque de la semaine dont deux titres, Pierre de Grenoble et Le Prince d’Orange, me chamboulent tant. Il faudra même que je secoue un peu mon disquaire pour qu’il me commande enfin ce 33 tours dont les auteurs, Gabriel et Marie Yacoub, n’ont pas encore endossé le pourpoint de Malicorne ; ce qui ne tardera pas. Soudain, débarqués d’on ne sait quelle planète magique, nous arrivaient les hérauts d’une tradition médiéviale somptueusement revisitée en polyphonies vocales arrache-cœur et en instrumentation miraculeusement équilibrée entre cromorne, dulcimer et guitare électrique. La guitare de Dan ar Bras, qui retrouvait ici son complice de l’aventure Stivell, le grand Gabriel Yacoub, à la voix si particulière.

Le voyage de Malicorne fut de grand large une décennie durant, puis prit fin en 1986 sur un ultime album studio, Les cathédrales de l’industrie. A l’unanimité, les membres du groupe décidèrent de tourner la page… et jurèrent de ne plus jamais remettre ça. C’était sans compter sur le pouvoir de conviction de Gérard Pont, le patron des Francofolies, qui, un jour de 2009, lança l’idée d’une reformation ponctuelle pour son festival. On vous passe les états d’âme de chacun. Finalement, ce fut “oui”, mais sous l’intitulé « Gabriel Yacoub invite Malicorne », histoire de bien indiquer que notre homme mène aujourd’hui carrière personnelle (chacun de ses albums est un poème) et qu’il n’a pas l’intention de profiter d’une vague de nostalgie, aussi honorable soit-elle.

 

La vidéo tangue pas mal, mais ça donne une bonne idée de l'ambiance.

 

Le 15 juillet 2010, la salle de La Coursive, à La Rochelle, était forcément archi-comble. Ce fut un triomphe pour un Malicorne estampillé d’origine, puisqu’aux côtés de Gabriel il y avait Marie, mais aussi Laurent Vercambre, Hugues de Courson et Olivier Kowalski. Beaucoup, pourtant, était à craindre de retrouvailles comme celle-là, 25 ans après l’extinction des feux. Miracle : non seulement les compères n’avaient rien perdu de la flamme qui les habita autrefois, mais c’est comme si le temps n’avait eu aucune prise sur eux ; mieux encore, qu’il avait bonifié leur chant (formidables Marie et Gabriel) et leur jeu. En témoigne un magnifique CD live de 14 titres, où on retrouve ces classiques que sont Pierre de Grenoble, Marions les roses, Le prince d’Orange. Avec en invités Karl Zéro sur La conduite et le Québécois Michel Rivard sur Voici la Saint Jean. Quatre morceaux cachés complètent l’album.

Le cadeau supplémentaire, c’est un DVD reprenant la totalité du concert, soit 1 h 45. Avec, en intro, le si beau et si poétique travail actuel en trio de Gabriel, et puis le concert de Malicorne ; avec les invités cités plus haut, mais également Claire Diterzi sur Les tristes noces, Jipé Nataf sur Quand je menai mes chevaux boire ; et puis Le Quatuor interprétant Le roi s’ennuie, Tété chantant La complainte du coureur de bois. De fameux moments, qui ornementent encore un peu plus la légende d’un groupe à nul autre pareil.  Pour les insatiables, il y a un film de 52 minutes, Chantier d’été, qui nous embarque dans l’intimité de la formation. Et puis, et puis, et puis un diaporama qui rappellera bien des souvenirs aux admirateurs de la première heure. Une collection de clichés pas fanés du tout, mêlant passé et présent en une dancerie de plus.

 

CD Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle 2010, 18 titres (dont 4 “cachés”), 71’39 ; Sterne/Sony Music. DVD, même titre, 1 h 45 de concert ; 52’ de reportage en coulisses et un diaporama ; Sterne/Sony Music.

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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 13:58

dick 2DICK ANNEGARN, “Folk talk”. Sur son premier 33 tours, sorti en 1974, il y avait des titres comme Ubu, Bruxelles, Sacré géranium. De formidables ovnis, en français dans le texte, mais signés et interprétés par un néerlandais longiligne à la voix profonde et repérable entre toutes. Avec, désormais, une vingtaine d’albums au compteur, on peut dire que le grand Dick a fait une belle et inoxydable carrière, sans concession aucune. Son avant dernier opus en date, Soleil du soir, il était allé l’enregistrer au printemps 2008, à New-York, avec le guitariste franco-californien Freddy Koella (né à Mulhouse, membre du groupe Cookie Dingler, dont la Femme libérée fait partie de notre patrimoine tubesque, aujourd’hui installé à Los Angeles), une pointure aussi discrète que recherchée, qui a notamment bossé avec Dylan. C’est apparemment de cette expédition qu’est née chez Annegarn l’irrésistible envie de revisiter à sa façon une grosse poignée de standards du folk et du blues américains. Des airs qui l’habitent depuis sa jeunesse de bourlingueur et qui reprennent une vie singulière dans Folk talk, un CD en V.O., of course, mis en boîte pour partie à Los Angeles, chez Freddy Koella lui-même, pour partie en France, au studio La Fabrique, en compagnie de Jipé Nataf. Le portrait dessiné du hobo qui orne la pochette annonce presque tout d’un contenu “roots” et dépouillé au maximum, puisque, pour habiller la voix, il n’y a, hormis la guitare, qu’un peu de chœurs, un doigt de banjo, de mandoline et d’harmonica.

 


Pour qui a cette culture-là, ce qui est mon cas, l’aventure est une totale réussite. Impossible de citer ici les 14 titres qui composent le tableau, mais ce sont tous des perles mélodiques intemporelles, servies avec cœur et tripes par un “croyant” de la première heure qui n’hésite pas à affirmer : « Ces chansons viennent du fin fond de la cave, et elles me transportent à vingt centimètres au-dessus du sol. » De Careless love à Georgia on my mind, en passant par Don’t think twice, it’s all right ou Love me tender, leur évidence, c’est vrai, est éblouissante. Après Louis Armstrong, Bob Dylan, Leadbelly, Woody Guthrie, Ray Charles, Les Animals, Elvis Presley and co, Dick Annegarn en fait l’imparable démonstration. Que du bonheur, ouais.

 

CD Folk talk, 14 titres, 39’07. Tôt ou Tard.

 

THE TALLEST MAN ON EARTH, “The wild hunt”. The Tallest Man on Earth, alias Jens Kristian Mattsson, est Suédois. Pas spécialement “tall” sous la toise, plutôt petit et maigrelet même, mais tellement doué qu’avec deux albums seulement il est devenu incontournable sur la scène folk. Le premier, Shallow grave, sorti en 2008 (après un EP cinq titres publié en 2007), immédiatement salué par la critique, américaine comprise, révélait sa voix haut perchée (dont le phrasé rappelle fort celui du boss Dylan), son jeu de guitare explosif, son sens inné de la mélodie et son art de conteur. Le second, Wild hunt, a débarqué courant 2010 et c’est un nouveau sans faute. On peut être agacé par le côté acide de son chant aigu, voire parasité par la référence au Commandeur Bob, mais il ne faut surtout pas s’arrêter à ça. Très vite, la magie fonctionne et on se dit qu’on tient là, enfin, un vrai folksinger, dont le talent et l’authenticité crèvent l’écran, là où d’innombrables autres clones, pourtant attachants un moment, ne sont pas arrivés à accrocher la lumière.

 

 

Les dix titres de Wild hunt durent à peine 35 minutes, mais dès la première écoute certains morceaux, pour ne pas dire tous, s’inscrivent dans votre mémoire comme si ça allait de soi. Comme s’était inscrit instantanément dans la mienne, tiens, le… Freewheelin de Dylan.  Chez The Tallest Man on Earth, il y a la même urgence, la même énergie, le même lyrisme, la même émotion immédiate qui génère des images de road-movie. Ce n’est sûrement pas un hasard si les pochettes de Swallow grave (un ciel d’orage ou de crépuscule) et de Wild hunt (une vaste plaine entre chien et loup, balisée par quelques lointains poteaux téléphoniques) se ressemblent si fort. C’est bien de grands espaces et de voyage sans fin que parlent les chansons du Suédois. Un formidable bain de fraîcheur qui fait un  bien fou.

 

CD Wild hunt, 10 titres, 34’06 ; Dead Oceans. Aussi Shallow grave, 10 titres, 30’04 ; Gravitation.

Par Jean Théfaine - Publié dans : Musiques - Communauté : Toutes les musiques
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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 18:06

DSCF4778.JPGBien qu’étant un des nombreux auteurs (flatté d’en être) du pavé Rok, édité par les Editions de Juillet et sorti en librairie courant novembre dernier, j’ai beaucoup tardé à me manifester pour dire tout le bien que j’en pense. Une faute caractérisée, car c’est du lourd (2,365 kilos, j’ai pesé) cette aventure initiée par l’ex-Marquis de Sade Frank Darcel et conduite, sans lampe frontale ni coupe-coupe (encore que), mais avec souvenirs certifiés et passion inextinguible. Au fur et à mesure de leur avancée dans la jungle, les archéologues ont d’ailleurs déterré tant et tant de trésors que décision a été prise qu’il y aura un second tome, annoncé pour fin 2011, qui scannera la période 1990-2010. En attendant, la compil’ 1960-1989 est là et elle a de la gueule.

Normal : la première chose que fait l’acheteur fébrile, c’est de zapper de photo en photo. Une montagne d’images, souvent inédites, qui racontent en noir et blanc la saga des musiques électrifiées en Bretagne. Des instantanés notamment signés Richard Dumas, Yves Quentel, Jean-Baptiste Mondino, Jea-Louis Rancurel… Des Devils de Saint-Nazaire, qui ouvrent le bal page 15, à l’équipe au complet des Transmusicales 1989 (Hervé Bordier, Béatrice Macé, Jean-René Courtès et Jean-Louis Brossard) qui ferment la marche page 328, c’est un régal pour amateurs. Avec pauses prolongées sur d’authentiques documents.

Les textes, eux, introduits par une courte variation de Miossec (« Ne gueulez pas sur le patron, la patronne s’en charge »), tentent de répondre à LA question qui a justifié le bouquin : existe t-il une spécificité du rock breton ? Il faut croire que oui, argumente Frank Darcel dans un bel édito, même si, conclut-il, « ça s’est fait à l’instinct finalement, parce que c’est juste une question de foi, au fond. »

Les suspicieux regretteront probablement telle ou telle absence. Mais comme l’ouvrage n’a pas vocation encyclopédique, le commun des mortels et des survivants se retrouvera certainement dans ce plan large fourmillant d’anecdotes où se cotoient l’essentiel de ceux qui ont fait l’histoire. Les célèbres et les marquants, bien sûr, mais aussi des figures météoriques et brûlantes comme Félix Bagheera, le chanteur du groupe Nicolas Cruel, « cinglé magnifique » auquel le Brestois Jean Moul consacre un hommage – osons le mot – bouleversant.

 Rok, 340 pages abondamment illustrées, Editions de Juillet. 38,30 euros.  

 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : Musiques
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Dimanche 16 janvier 2011 7 16 /01 /Jan /2011 21:47
DSCF4790.jpgVoilà : la version 2011, largement revue et augmentée, de ma biographie d’Hubert-Félix Thiéfaine, Jours d'orage, dont une première mouture était parue fin 2005, est bouclée et même imprimée. Editée par Fayard, elle ne sera toutefois pas disponible en librairie avant fin février, mais sur les sites marchands du Web (Fnac, Amazon, Alapage…) elle est déjà en pré-commande. Avec la nouvelle couverture, que je me fais un plaisir d’insérer dans cette info, car je l’aime personnellement  beaucoup. Avant le coup d’envoi, qui sera aussi et surtout celui du nouvel album d’Hubert, Suppléments de mensonge, voici, pour rappel, le texte de ce qu’on appelle dans l’édition “la quatrième de couv’” :

« Hubert-Félix Thiéfaine est le plus célèbre « inconnu » de la chanson française. L’exemple même de l’artiste qui s’est imposé au sommet sur la durée, en dépit du silence des médias, télévisés notamment, qui l’ont toujours trouvé trop décalé. L’artiste, il est vrai, n’est pas formaté. À cent lieues des clichés d’usage, son écriture flirte avec le surréalisme, fouille les plaies d’enfance, renvoie l’homme à son absurdité, tempête contre un monde désespérément bancal, balance entre dérision vitale et colère inextinguible. Musicalement, c’est le rock qui habille le plus souvent les noires humeurs du poète électrique. Un cocktail détonant qui, depuis plus de trente ans, a conquis des légions de fans.

Fin 2005, une première biographie était parue chez Fayard. Le livre s’imposa très vite comme une référence. Cinq ans plus tard, cette nouvelle édition a été très largement complétée et enrichie de nombreux témoignages supplémentaires.

A cette occasion, Hubert-Félix Thiéfaine a renouvelé sa confiance à son quasi homonyme, Jean Théfaine. Le résultat jette une lumière encore plus précise sur la plus mystérieuse icône de la chanson française. Un électron libre sans véritable descendance, qui serait né d’une collision entre Ferré, Dylan et les Rolling Stones.

Longtemps journaliste culturel au quotidien Ouest-France, Jean Théfaine a également collaboré à la revue Chorus depuis sa création. Il est considéré comme un spécialiste en matière de chanson française, de rock et de musiques du monde. »

Dans les semaines à venir, j’ai l’intention de déposer sur ce blog un ou plusieurs extraits sonores des longues conversations que j’ai eues avec Hubert, en son ermitage jurassien. Comme il n’y a pas que l’intention qui compte, j’essaierai de tenir parole. 

Par Jean Théfaine - Publié dans : Toutes les musiques - Communauté : je chante ,tu chante ,il chant
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